Voyaduo 3




Ils étaient dans un repaire, pour un journal du temps avec le désir, un journal transcendé du temps en bandes magnétiques, une toute petite maison cachée,
ralentissement emprise, détresse douce et fuite de l’être prisonnier.

Quelques mois dans la verdure secrète et intérieure, un début pour enregistrer la longue naissance brouillon pulsion, et ce ballet d’abord,
l’histoire dansée du couple qui leur ouvrit la cachette.
Ils vivaient chez eux leurs soirs migrateurs.
Fourrure des mots, du vécu riche, ils entrèrent en eux. « Il » devint le chorégraphe, « elle la danseuse » et eux, les personnages du livret,
le temps d’un ballet, bref, dressé, chaud, à revoir. Les danseurs saluent à la fin, le chorégraphe est dans la coulisse, voyeur dans l’ombre.
Tout est sous les projos et dans le monde, à revoir, refaire plus grand, si possible, dans cette direction.

Le jeu c’était d’écrire un texte avec une histoire d’un autre, célèbre, qui avait dirigé la danse à l’Opéra de Paris. Le jeu c’était d’entrer dans une vie inconnue.
Avec les mots venants, ils avaient construit une musique, étrange tapis, comme on peut le faire en danse contemporaine, là où est acceptée la folie sonore.

Texte du livret :
 
            J…J…J… C… J J J .e… Je… J… e…  Je               suis                  Je suis
Artisan                                   invisible          Dans un décor  pourpre
Artisan           invisible          dans   un        décor
                                   ARRACHE
Rouge                        du        cri de ma conscience        Qui anarchise           ma peau
                                   mon coeur                 :           ouvert
                        comme mes bras            comme mes mains               Armées, de tous les éclats qui me furent lancés
                        s’il le faut…                Quand le matin sera venu.
 Artisan           invisible          dans   un        décor blanc
Transparent               comme la perle spermatide
Où dort, peut-être, un enfant d’innocence       Venant de traverser la mort
Qui monte et jaillit du désir  Mâle
Au ventre de la Femme       Celle qui me Danse
Ecartelée de Jouissance                de Tendresse      qu’aucune Révolte
                        ne pourrait arrêter        route     orgasme          Des milliers d’années  Lumière.
 Artisan invisible dans un décor vide
Loin                après le blanc et la Transparence        Vers la Terre
Celle où enfin j’écrirai comme un berger    Des ruts magnifiques       D’amitiés ouvertes
Artisan invisible dans un décor souvenance         Assis, à une table de montagne        un langage en gestes de silences
Artisan invisible dans un décor opéra       de carton-pâte          Pour un Noël d’enfant-oiseau.
Artisan invisible à quinze ans        Dans les couloirs sans ouvertures        Quand chante la voix de femme
Et que je me surprends à danser       Artisan invisible dans un décor adolescent
où trois mille 78 tours enfantent de grands musiciens,       qui compte mes pas, et se reflètent au miroir
le long des mains qui jouent arrachent      de premières idoles et composent       Sur des corps nus  des musiques d’images
Artisan invisible dans un décor d’or   tapis de rose rouge    à la porte de la loge qui ruisselle de sang  et de télégrammes
On appelle « Maître »  Quelqu’un qui a mon regard     Je m’éveille Fou    dans des guerres et des discours atomiques habituels
Artisan invisible dans un décor noir
Je pense        et c’est la révolte    Je salue les poètes applaudissent    Un espoir de Mai dans le destin astral, je vais
comme en pays de connaissance où le dialogue naît  dans les regards, les coeurs, les mains   où s’éclabousse Paris.
Le décor de carton-pâte tombe     Artisan invisible dans un décor divorce    Applaudissements               je sors
            Je m’installe dans mon domaine    Je coupe mon bois              Je brûle  les feuilles des vieux automnes inaperçus
            Artisan invisible  dans un décor soleil     comme les cheveux de la danse  blondeur sauvage qui laisse venir ton visage  
aux traits que je respire à grand souffle
      où m’apparaissent quelques éclats de terre      où nous irons vivre
Toison  rosée et la croupe en chevauche    quand vient la mort d’amour       
Je ne veux pas parler
    mes mots sont dans l’air    entourant mes hanches
Apprends à m’écouter, en regardant l’espace    où je ne suis plus
La petite fille vit dans les couloirs de l’opéra    elle fait naître les artistes    des fleurs de ciels à venir    et des parfums de nuit
Quand les sueurs de perles humides éveillent SA peau
Les artistes pour elle :
     des dieux brûlants secrets   comme la douceur endormie     au haut de ses jambes
elle danse pour son visage qui danse en reflets verts   dans les miroirs les glaces, les parquets de bois vernis
                        Voilà que ses jambes s’étirent     s’ouvrent en Etoile
La petite fille sort du couloir    Pour vomir     le reste des épouvantails
c’est la femme révolte    amoureuses, artistes           il n’y a que les bêtes       les êtres explorateurs
     les femmes révolte     les artisans invisibles        qui aiment  se dit-elle
La sueur miroite mon autre visage    les applaudissements ruissellent sur mes jambes    le rideau s’ouvre
Mais je suis là pour le voyage     le voyage vers…    j’ai choisi le…   Décollez vos billets de ma peau         ils m’arrachent
     éloignez vos gueules monnayage
              Je danse
     Toi, l’artisan invisible   qui mène mon corps d’arabesques violines   en attitudes vertes     éteins les lumières
              fais sortir le public     allume quelques haltes    autour de nos amitiés
celles qui, sans nos intarissables principes   nos retenues de deux mille ans       Seraient nos amours
 Tous nos amours réunies et tous ceux inconnus    dans la nuit, quelque part à Jérusalem, à Paris
rue St Denis, un soir d’hiver au bout du monde     dans ma maison
le langage s’éloigne comme cris de bêtes    au temps des chaleurs      la nuit
L’écho assourdit des cris, des mots, du murmure    le clavier des orgues d’atomes brûle
On perçoit des rythmes de peaux séchées   Une flûte de Pan éclate des vases de grès rose     les miroirs coulent
le cristal fond en sable et sulfure de plomb      la décomposition est commencée    à l’envers des prophéties et textes religieux
qui sont brûlés dans une odeur de cadavre  et de monnaie
Tu danses     Tu vis              tu danses        les pieds dans la cendre
     l’instant le pas sera peut-être dans dix ans      à un retour de voyage, de spectacles
        dans trente ans    tu vis peut-être déjà     dans son continu d’espace-temps
le refuge ressemblera au tien    il l’est peut-être
     Ta maison     qui émerge de pierres blanches     de tes caresses de chatte, de chienne, d’oiseau.
   Tes bijoux, tes cadeaux    ta récolte de continents de magie    dans l’ombre en attente   tes volets   qui suintent une lumière de printemps
     Sous le bois gratté où se refuge un délire   d’artisan qui cherche…  d’autres figures corporelles
       Esquisse d’une couleur liberté    Ta maison    Aux senteurs des pays de terre
           Tes mains  préparent le repas du soir   Nos mains    Artisanent ce spectacle en transition
l’instant, le pas sera peut-être à un retour de voyages   de spectacles           Tu vis    Peut-être déjà dans son continu d’espace-temps
La terre  boit     les rivières de sang des spectacles du monde     la terre boit
                                                      les rivières de sang des spectacles du Monde.
 
 

Et ce ballet et ces mots, reste en suspens, le chorégraphe et la danseuse entrent en eux.
Ils ne tournent plus le spectacle, tout se passe dans l’attente et l’angoisse sans scène alors ils créent du livre vivant
dans le bouillonnement du refuge que tu nous as ouvert, cette grille que tu ouvrais toi !
Moitié star moitié fille de terre,nous sommes venus à vous avec le regard fissuré de la dèche, de la zone, de la faim,
éclaboussés de nos confidences de route, d’exil, de marche
, ce que je cherche à te dire n’existe pas dans la logique
dans ce temps précis, de l’histoire que nous vivons, je parlais de toi comme une branche si haute par-delà le hangar
Des mots du ventre et des paupières dans le refuge de la nuit scénique,  un cocktail jaune oreiller pour des caresses intraduisibles
Entre tes longs doigts des pages refoulées vers ton visage arcane,     boire ces jouvences qui feront  visage, beauté juste égale
au miroir de la coulisse       Voler   Danser           Phallus d’eau dressé vers les miroirs érectifs
D’être plus fort que les exigences cachées    Dire des mots imperceptibles dans le temps qui coule
La profondeur                       La soif        Comme une pensée soudaine       Claire             Inattendue dans un marasme
et cette cigarette d’après, cette cigarette nerveuse dans le restau bruyant, entourée de tes admirateurs
Tes amis de triomphe   tes hommes corps de Dieu  cette cigarette qui entoure ta lèvre étonnée   dans le silence du papier
 Une présence alanguit la maison claire     corps lointain défoule et violostrille            absence bleue
utopie fragile des mots qui sonnent       je parle caresses mourantes au soleil     soleil pâle aux pierres blanches
              signes de toi    aux branches inquiétudes        A rêver des espaces, des partages, des chaleurs
Je me sens peut-être en folie lointaine     Lointaine d’hiver, mes spectacles, les tiens   vérités si froides, habitudes   horaires
Soirs de premières   et ce feu défonce dans les reins    loge déserte.

Comme les mots perdus    crachés dans le désordre    en mes nuits chanteuses
chanteuse nue en voyage de peau vers l’autre homme
Aube fébrile du retour d’instinct     une main de compagne
et se multiplient les amours   dans nos déserts profonds       après ton refuge
refuge humide de la sueur de star    secrets en fièvre à mes lèvres closes   si nous pouvions vivre la rencontre sincère
de tous nos jours, nos heures avec l’oubli du monde   monde étrange, martèle d’idées viles
impossible et pourtant je sens la présence   en mes murs fissurés d’autres jours ouverts
          Amour d’après     veillée et gestes    comme les mots nouveaux    caressés dans le désordre     en mes ombres danseuses
 
On entend une foule applaudir     Il y avait un autre public côté décor
vacarme         on entend des « c’était pas mal »       une sortie de spectacle bétifiée
l’artiste est seul perdu dans l’orage de machineries,l’histoire du ballet reprend, privilégiés dans la fourrure de la halte
quand le dernier décor tombe, l’artisan invisible qui s’y cache transforme, la scène en pas, respiration de présence
débordements de mots incompréhensibles, la voix du conteur arrive à l’envers
les mots sans ordres puis les syllabes, le son de la voix s’éloigne de plus en plus, disparaît
puis la musique s’éloigne. On entend le vent, des bêtes, des coups de hache, le bois qui se fend, et sur ce rythme
la danseuse le fait avec le soleil       On sent la présence invisible      le rythme de la hache augmente
qui transcende la danse    le rythme accélère                se retourne
explosion sensorielle
, disparition dans le décor, mélange de rythme, de bestiales
les essoufflements et les cris, les mélanges         pénétrant qui restent             aller et retour du vent
      éclatement du décor      dans l’eau blanche      de la fin et du départ.





Retour à la vie "dite normale " :

Quand le partage, la recherche, l’approfondissement de l’être, sont oubliés dans un courant, le courant tombe
nettoyage par le vide à faire en urgence en coup de réel bas et rituel tueur
Ils se réveillent mômes, perdus, traqués, victimes             sillage chaotique
des dompteurs morbides    habits de beaux langages
dans la doublure             dans le masque       y’a vol pillage dans la plaie ouverte
le négatif vient de loin, brûlé
      mais intact, dans la rythmique industrielle, dans le vinyle noir, la modernité
une image neuve et flamboyante, scandaleuse, pour les survivants des vieilles révolutions parlées
une image  d’un journaliste voyant, d’un gang    image splendide        laser de conscience
 
 J’me tire du quotidien déroutant    j’me tire  création vers l’impossible
une lettre de désespoir sans fin
coup de miroir gueule ingrate    comme une fièvre
anéanti choqué broyé appesanti bousculé
    un mal s’est branché sur leur corps
ce mal c’est d’être intérieurement caméléon     d’être au sens à l’écoute du monde
        de le capter tout entier     de prendre sa couleur et son venin        trop de sabordages
— « N’aies pas peur d’aller au bout, j’me dis ! »
    dans les quintes-informations-rejet-comprendre trop
— « N’aies pas peur d’aller au bout, j’me dis ! »
    suer cette actualité
        s’tirer de l’immobile        être l’être non-identifié
 
 Ils prennent le transit,      ils filent     Ils s’éloignent encore, c’est un été     le soleil implacable
bloque le système de pensée de l’ombre et c’est bien, de n’être qu’une pile rechargée au grand courant.
Dans l’ombre un secret, dans le soleil un écoule-temps de la lenteur
extirper les troubles, voir les réalités simples     la traversée d’un disque, d’une page
un oeuf blanc gravé sur de noirs sillons    les flashs, les milliers en une minute : tout l’amalgame
qui fait : être bien ou pas bien         instants abstraits qui vont se perdre,
dans la mémoire défaillante, mourir, s’endormir    faire partie de ce vide troublant. Des mots restent,
dans vingt ans si ils retrouvent cette page, malgré le bouleversement le plus total,
ils pourraient sentir l’odeur de ce repaire, la chaleur, la nudité de ce jour.
Ou trois mots sur un agenda : un écho visuel,
potion magique renverse temps infiniment précieux
la sueur et le ruisseau coulent dans le sonore  sous le langage continu des arbres
une avancée création en pleine vie  sans peur d’une rencontre d’affaires
d’un mauvais spectacle, d’une galère sèche, d’un combat intérieur continu
        mélangés à la sève unique.

Caresse affinée des doigts, ombres sensitives      sur la peau mouillée
cela sonne bizarre           transpire
au goût de sel                 d’ombres de prairie
    c’est le soir                la grande pluie     le ciel vomit          crache         la pensée se dilue
et suit le martèlement des gouttes sur le toit,
effleurement après un jaillissement de blanc aigu
les yeux renversés sous le spectacle.       Leur camion était d’une tôle voyageuse
ils couchaient à même son glacé  entourés dans quelques couvertures
Il y avait une table, des coffres, un lit maintenant
c’était en gros bois d’Auvergne :
« D’elle » avait fait des plans de la maison intérieure
une demeure de trappeur, de cosmonaute en analyse
un lieu mobile pour guérir,
habitués à prendre tout trop vite sans retenir,toutes les gammes des détails, des passions, des odeurs
    les saveurs du palais.            Heure intime   immense par delà les vitres. Rien derrière le soupir,
rien que la fatigue       presque le repos des images,
    les jours passent sans construire, et puis comme pendant une sueur, où passe la respiration des arbres
arrive une brise humide et des idées à noter très vite.
 
Sentir qu’il y a du nouveau en chaque jour, même si ce n’est pas de la grande évidence.         
                            A noircir l’agenda : le miroir à papier.
 Le soleil apporte des aventures immobiles, le corps près de l’air, sans les barrières de peur du froid, nées dans les villes et les complexes.
« Ils » font toujours des spectacles à l’arrachée, vivent dans une plantation de bain pénétrant.
Fondre les deux sexes               
fraîcheur dans la lumière touchant la couleur
Dans le ruisseau invisible en bas, fraîcheur d’automne                    Des collines de toute verdure sous les hanches
                            Une longévité de toutes ces haltes différentes         Du mot, du vrai, lumineux et fruité, comme du vin nouveau
         Eclaboussé jusqu’au torse et même le temps ne changeait rien.
 
A leur retour, la solitude était de partage,
Nicole et Boulou avaient pris place, du regard des bêtes jusqu’aux flammes du Cantou et Voyageurs de Pastorale.

Les touristes et les gendarmes restaient au pas de porte.
Les invités, étaient une bande de la ville, changer de cités ?
Une flûte au matin de Grieg ,  la cité interdite, la situer ailleurs
Le Jacques de Saint Martin en Gimois, connaissance par delà le livre,
L’intellect et le risque de la montagne, équilibre pour le plus haut, refuge pour grandir.
"D’elle", en découvertes de cet assemblement de gens, D’ailes, bête noire de ces engueulades venant d’une angoisse suiveuse en chaque refuge
D’ailes, qui faisait l’amour dans la paille.  Des nymphes de terre avec leur rire complice
Un patriarche des vibrations du lieu, Le vin de Cornetou là-bas jusqu’à Murat le Caire, au village vacances
Les familles s’endorment des éveils,            encore un spectacle    pour le fric survie  pour l’après,         l’heure complice
d’alcool      de neige      à se raconter l’aventure.
 
 
Il y a deux mille ans, aujourd’hui, dans vingt ans, pas d’énormes changements dans ces contrées dont ils faisaient toujours leurs bases.

Une mutation lente de formes, de cycles, des terres sauvées par leur éloignement des routes, et là « D’il » à faire danser ses bras,
pour son torse qu’il soit de la forme allant avec les buissons et le roc.
Dernier jour de septembre, demi froidure, compagne humide,
une autoroute au loin. Ça sent Paris, le grouillement, mais Paris le clinquant, le coeur de la bête.

Nous sommes encore dans le mini univers en marche, le son du couteau dans les légumes crus, la lame qui déchiquette le chou,
le citron, l’huile d’olive, l’ail, le soir bohémien, sans attaches.
Tombe un anéantissement fébrile, le transit devient un bain de vapeur suée,
suée encore, puis il se jette dans ce vert habituel féerique, coulant une eau froide. Désir de combattre, de se retrouver fort comme ces arbres
qui dansent autour. Ils s’arrêteront dans le Lubéron, en Auvergne, en terre non-identifiée, et à St Quentin dans un HLM pour faire la revenance.

 
« La Revenance » c’est un autre disque, reflet de spectacles, un texte là, toujours sans studio ni technicien, un lieu point magique,
une constellation de circonstances dans la traversée de la dèche country, un HLM 7e de la cité haute.
Enregistrer dans une chambre avec des magnétos tremblants qui transpirent le béton,
l'hôtesse de son sourire, ses formes rondeurs hémisphères  de ses globes, dessine les cartes de la terre passées dans le corps de la femme lunaire,
vision de toucher, bouche de l’univers,
chez l'hôte photographe qui montait des miniatures nautiques, des paysages couronnés de fusion,
un autre animateur, mène-art qui menait à l’imitation, a prêté des visions, des machines, des hébergements poursuivis, des Devos-rires.
Tous les êtres aux traits gardés sur des cahiers, et encore d’autres marquèrent leurs présences.

Un disque ou un spectacle c’est plusieurs dizaines d’aventures. Sur une étiquette d’un nom qui n’est que le porteur !
le rapporteur, l’alibi pour faire de la Rencontre.

Autre hôtesse dans sa maison-fourrure, accueil à n’importe quel instant, quel entracte.Le Duo étaient toujours en panne, quelque part,
bloqués dans l’hiver, dans la glace, accueil qui venait les chercher au bout du désespoir. Accueil, rivage d’argent et de mets très lents, étapes,
entre deux courses dans le gel. Souvent des femmes, des repas brûlants, qui ouvrent les portes, après les gerçures, et aussi des enfants.

Des musiciens : Faiseur d'orgue langage pour les fous, non-fous, mais fous-nous.
Artisan villageois pour construire les dulcimers des fêtes terroir.
Martin St Pierre, plaies bongos où il pose vivant du bout des paumes mille doigts branchés au coeur, bombo indien, guiro cocos, bendir marocain.
Larry Martin, côté rue côté studio leader. « Tu sais le rocker arc-bouté sur la guitare clash visionnaire ».
Penseur la culture, la vraie branchée Cavanna, nous conte la science, le tournis du cosmos, pendant que nous tournons la valse des personnages.
Valse Blues Stones pour le jeune Rolling, leur roadie Jaggerien, qui leur portait le son, et le « D’il » au proche du texte, crève des reins,
se tord longtemps, puis laisse couler le mal, écrire toujours en haut de la zup.

« D’elle » découpait du son, prenait en main la production au 7em. et blotti dans son lit au 9em il écrivait entre les crises, dans des draps africains force rituels, il écrivait.
Mezza peignait hyper-réalisme, d’après, sa compagne. Le duo lui commanda la pochette, ce sera un portrait qui va chercher et arrête tout.
Bonnier graphiste kitsch, lui assemblait des Marylines et des James Dean dans la nuit métallisée, il ferait le décor de la chambre à Musiq, pour le recto de l’enveloppe.
et un curieux voyant futuriste, folkeu amnésique vers le rocker-synthétique, il y a toujours un clown-androïde dans ces moments-là.
Et le duo jouait d’instruments vaisseaux de sons et c’était comme un ruisseau où il s’ouvrait.
 
                                                                                                         Revenance.
 
Comme des mille et des mille caresses
                                   avec l’envie toujours
                        et des mille et des mille angoisses
                                   avec le vide toujours
La REVENANCE s’installe sur l’écran
            indéchirable, au fond du visage
 
La revenance toutes ces odeurs, ces flashes qui tournent
            ce théâtre dans la tête
Machinerie sans relâche, qui rabâche, qui hache
            qui crache jusqu’au dérisoire insoutenable
                        des images
            Trop révélées, trop fixées, trop glacées, trop déchiquetées
                                   dans le ciné-cerveau
Dans le brouillard de collinne      de rêve. Eclaté par la froidure.
 
Ta revenance que je ne connaîtrai jamais vraiment
            même si tout à l’heure toi aussi…
                        Tu me racontes tes histoires
Ta REVENANCE, la mienne       cela nous éloigne déjà de mille contrées, de peaux, de sons,
                        de mots, de musiques, de rêves
                                   de cercles de délires
            et même si on est du même voyage
                        même révolte même douceur
                                   Enfin tu connais…
 

Ma REVENANCE elle est là
            entre les mots qui ruissellent
            qui se jettent trop rapides, qui se blessent
                        et tu dois te demander… :
« POURQUOI ET A QUOI ÇA SERT »…
Et il y a des jours blancs vides
            où je me le demande aussi
 Mais je crois qu’il faut projeter
                        sa REVENANCE
aux murs, aux arbres, aux amitiés qui passent
            aux silences
sur un papier, un bijou, un tissu
            une musique, un écran, un corps       du bois, de la terre, du fer, des couleurs
            des mots à la terrasse d’un bar
            la nuit, aux mâtines confidentes
dans un spectacle pour son miroir
Ou pour des mille et des mille publics
Projeter sa revenance, la transformer, la jouer
Même si l’on pense qu’on n’intéresse personne
            Projeter sa revenance
                        Pour la DECOUVERTE
Découverte
comme le vent levé d’une nuit nouvelle
     qui joue au bec des roseaux
Flûte de pan sur les vignes
     le son monte
Dans la montagne jusqu’à l’écho
     un berger       de poussière et d’eau
Un homme racine, corps tout soleil
     longs membres noueux
          quelque part          Un berger immobile
Un homme écorce, un homme broussaille
Berger du bout de la nuit d’avant
     sculpté dans l’arbre sec
          par l’artiste terre
Une illusion de l’ombre sous l’entre-étoile qui bleuit
     Devant loin        Les lumières que l’on connaît.
 
Découverte dans l’habitude
     dans les années que l’on passe à attendre
 Découverte qui vient, qui viendra
     quand on aura trop projeté
          trop confié        trop donné, trop hurlé, trop vomi
     ce trop plein de passé
          qui grouille
     dans le ciné-cerveau toujours
     comme des notes lâchées sans savoir
          d’un instrument rebelle
 
Moi qui n’ai toujours fait que des ébauches
     griffonnées sur feuilles volantes
              vers l’oubli
     qui en suis au brouillon-désordre
     enregistré dans une halte-passage
              entre un refuge
Moi qui n’ai toujours fait que des essais violents
                        mais tremblants
Je vais te continuer ma revenance ; te la chantailler
     te la descendre à ma bouche
     revenance que je larguerai quand je pourrai
     mais peut-être que je n’ai que cela à dire
vu que du côté de la REVOLTE, des autres
il y a eu des grands cris-poète-rouge-clairvoyant
     que j’écoute moi aussi
     entre le bruitage de la S… société        enfin, tu connais
 
Alors vient côté tendresse
     t’attache pas trop aux mots
          c’est des tâches, un décor
Fais pas gaffe aux ellipses
     j’fais la guerre aux phrases
et j’éclipse le vrai pour l’ailleurs
     V’là une partie de ma revenance
     que je larguerai quand j’pourrai
          Peut-être à un changeur
                        de REVES.
 
 

Si comme moi
     tu voyages
Si comme moi          ou bien restant ici
     assis dans ce bar
     cheminent tes rêves
Déjà, tu n’écoutes plus tes amis
et quand parfois tes doutes s’apaisent
     tu les regardes     tu leur souris
 Si comme moi          tu voyages
Si comme moi          ou bien restant ici
Il te faudra partir        souvent          seul
aller chercher la nouvelle route
quand tu reviens ou quand tu t’éveilles
     il n’y a plus personne à côté de toi
quand tu reviens ou quand tu t’éveilles
     le monde veut s’emparer de toi
          pour reprendre ton espoir
              voiler tes yeux d’enfant, te jeter dans le noir
                        te donner la couleur néant

          Je reviens    Je m’éveille
elle n’est plus à côté de moi. Elle est en moi
     elle se nomme
                                   MA VALLEE
C’est en ses terres que je voudrais construire
          mes murs d’images
c’est dans le ciel, dans les nuits de mes voyages
     que je les construirai   pour elle
 En un autre monde, là
     dans les champs j’irai cueillir
     pour construire mes murs d’images
          Pour elle
 Peut-être ils la verront       MA VALLEE
 
 C’est une vallée intérieure et future
                        où l’on croise d’autres tribus
              Une peuplade de chaque horizon
          Cachée mais présente sur cette planète du business
     Où tu as voté, signé, déclaré             Aucun papier
          D’ailleurs, ton nom ne figure
              Sur aucune fiche de l’Etat
                        C’est un surnom, un espoir de vie, dingue
                                   Un cri rock pour se reconnaître

   
Réfugié,
     Tu noircis des pages de phrases d’exil
              Comme une passerelle
          Vers une liberté sans escale
              Longue comme une île       Une vallée
              Comme ce point arrêté sur ta mappemonde
 Quand tu peux encore voir
     Ta maison d’enfant
     Pour immense navire     Et embarquer
              Corsaires imberbes
              Vers des dérives magnifiques
              CAP sur  respire 
Quand tu es simple comme le rire
     Même plus écorché
              aux armes
          Des nouveaux conquérants
 
Tu noircis encore des pages de phrases
              Tu t’enclores
Ou tu marches dans la rue très normalement
Pourtant, la peau des tambours qui te blessent
          Rafalent des mitrailles, explose, se craquelle
              Comme ta terre
          Se ride comme la peau des sages qui attendent
              Encore la fin du conte
              Le grand calme
La peau explose partout… comme une étrangère
              Qui te raconte ses blessures
                        Comme un crieur torturé
              Enfui des massacres, avec des plaies
          Bongos      PLAIES - BONGOS


Côté rue
Journaliste tape des rencontres argotiques
rocker, arc-bouté sur la guitare clash
visionnaire gigantesque
branché au jus de la rue
crache : overdose d’infos
l’autre orage d’ici coule
en habitudes électriques - grouillantes - bétonnées
dans la seringue progressive
piquée aux poings, aux rêves
les foules gloutonnent du laisser-crever
le volume du pouvoir est bien au-dessus de nos cris
les cames de la haute transpercent
les lunes noires des haut-parleurs
on se retrouve pour becqueter avec une TV
accoutumance la dalle d’images
on digère même son inverse, il faut choisir,      l’indispensable
alors, la rue
les néons drivent les tires de la nuit
le trottoir se défringue
les sondages clignotent
viens ! Foncer avant le grand clash
vers ces luttes   
qui laissent celui qui veut perdre
on va pour gagner cette musique et ces mots
sans chutes.


MON VISAGE EST DE BRUME
cachant ma tendresse
j’aurais tout donné pour être beau
comme les visages de pierre
aux parvis des églises
comme les visages si calmes    du bonheur d’instant.
Tu dois aimer un être    qui aura le visage fin et doux
les cheveux lisses et sages   sans une ride, sans un cerne
qui au matin    pour t’éveiller aura des traits d’enfant
à peine marqués par l’amour.
Je voudrais être assez beau
Pour oser mon visage   sur ton sein
et boire comme de l’eau
tes yeux qui s’ouvrent et me regardent
          après l’amour se reposer
en haut           de tes jambes     heureux       apaisé par le jour.
J’aurais tout donné pour être beau
comme le visage d’un père
dans son dernier matin
comme le visage d’enfant
qui aurait pu être nôtre
mais si le temps
enlaidit bien souvent les visages
des caresses de mots cristallisent
face des poètes quand ils se donnent
et un matin pour s’éveiller
ils ont ces traits lumière
à peine marqués par la vie
J’aurais tout donné pour être beau
Je pourrais oser franchir l’éden
le visage
comme l’âme baigné de tendresse
 
 
 
 
 
Il est un    Corps de vent d’écume
que je pénètre
à chaque fois que je voyage en ton regard
et qu’un nuage vient étirer mon torse
Il est une  main de flore
sur la mousse fleuve
une étendue voluptueuse
où se réveillent des seins et des hanches
dans le tronc des arbres endormis
Il est une lèvre humide
et des mains qui mangent
un ventre qui appelle
des jambes qui s’ouvrent
sur une grande course dans un champ de lavande
Il est      Une longue orgie,
où je mange des pétales rouges
où je bois la perle qui s’échappe du fruit mûr
où l’imaginaire est plus réel
« plus réel
  que la réalité que le monde nous impose ».



           




©copyright / Voyailleurs /  claude Yvans  2010  /                                                                                                                SUITE