VOYAILLEURS

 Le départ ! Bien démarrer une histoire...
— "Le nom du personnage principal ?"
Il en cherche lui-même juste au moment où nous entrons dans sa vie,

— "Le rôle ?"

C'est un voyageur à chercher le voyage quand il n'y en a plus.
Le voyage comme habit de pionnier, d'explorateur,  marcher, prendre des trains,
des avions, rouler des nuits, mais marcher finalement,
jusqu'aux pieds brûlés et aux reins qui tirent,
jusqu'à marcher doucement avancer à l'intérieur.

— "L'histoire ?"
En rupture,  ne pas tenir compte de tout le passé. une histoire qui démarre sans avant , pour raison d'urgence , est-ce possible ?

— "Le décor ?"
Autour de Paris, l'autour comme contrée/odeur de libre demain / futur derrière le paysage / terre intérieure /
poussière de mystère / en devenir /
    A explorer / frontière à passer / saisons prononcées / jardins / survivance
Nature forte, dedans les filles qui passent /

— "L'époque ?"
Intemporelle, Ados adossé aux murs des mots, des murs faciles à grimper
d'autres en dessous.

 — "Les gens autour ?"
Très étranges ou si rêvés.

— "L'action ?"
Lente à courir partout. Il est apprenti photographe, photos de mots.

— "Le seul trait d'avant qui reste ?"
Un besoin de toute nécessité de jouer d'un instrument pour se cacher derrière, au départ quelque chose comme le rock-and-roll
et son père ne veut pas lui acheter l'instrument ! Ne comprend pas cette urgence,
cette urgence unique au monde, à quatorze ans. A-t-il vraiment communiqué cette urgence ?
Il suffisait qu'il emprunte cette guitare électrique, qu'il en joue
chez le copain de la rue haute, qu'il transforme la difficulté en jeu !
où il jouerait gagnant, décaler un peu de temps, attendre l'année possible.
Non ! Blocage quelque part et la musique, celle de sa révolte, se fera sans lui :
premières rides dans le portrait, après tout rentre dans le masque :
rôle, histoire, décor, époque, gens autour, actions, âge, et trait d'avant qui reste
A la recherche de sa musique, quand je dis musique cela peut se respirer !
C'est retrouver la petite musique intérieure, cette cachette, l'espoir des départs.
Voici l'histoire du "voyailleurs", à la recherche de tout même d'un mot,
il écrit des chansons, il dit "textes à parler",    retrouvés, de ses carnets de bords.

— Je viens de vivre toute une vie de spectacles dans la marge
en traversée silencieuse sans prendre le temps de tout réunir en un pavé, à lancer au-dessus du jardin.
c'est un jeune étranger que je découvre. Je le laisse parler et le mélange avec l'ado éternel rencontré chaque jour,
traversant décennies et siècles avec la même révolte de changement,
souvent peu exprimée mais engrangée pour ceux qui arrivent.
Révolte incandescente  grandement étalée,
Elle peux être seulement une Fête Prolongée.

                                                     

Le voyage commença hypnotique, flou, pour Jouer, avant de défricher, avant les chemins sophistiqués, les voiles sur la mer,
les guidages de courants, les étoiles, les ondes, les grandes directions vers les ruées de sensuel et les conquêtes,
avant les invasions de grandeur à l'heure des voyages de sang héritage de lointaines dynasties ?
De sa maison il en faisait un bateau, une jonque géante,
il appareillait
avec des livres de cartes, des semblants outils de navigations,
des planches comme un pont à l'entrée de la cuisine, un horaire pour  partir, un magnéto pour fixer le temps
il appareillait
Acharnement début  Atteindre la haute mer : Le liquide révélateur
Combien fallait-il de temps pour être développés ? Combien de temps pour le lavage intérieur ?
Combien de temps pour le fixage, le glaçage,
pour être prêt, une image parfaite et pensante,
une structure simple, facile à recevoir, rien qu'une image totale
un geste qui en dit plus, que toutes les créations, tous les spectacles qui dit juste  précis
qui dit viens  qui dit toi  atteignons la haute mer
le liquide révélateur : une photo de son futur
un voyage dans un de ces nouveaux vaisseaux,
la notion de voyage partout là... dans la vie, même ordinaire.
Il appareillait souvent ! sans aller vraiment plus loin que le début.
Son voyage était de partir. Après y avait-il un voyage ? un retour ?
Ce qui était sûr c'était de partir,
d'appareiller et de tourner sur les frissons des départs.
La maison-bateau c'était avant, quand il avait une maison
Un départ ! et plus rien.
 
 
 Il devint lui-même le Vaisseau Juste un marcheur sur la route  mieux encore
Des pas, un esprit sur un chemin et plus rarement aucun chemin,
Juste la ligne d'horizon.
 

  
©copyright / Voyailleurs /  claude Yvans  2010  /                                                                                                                                                    suite 2