Voyailleurs suite 4



 — "Je ne rends pas compte de mes évasions, l'éloignement m'approche".
Essence sauvage de la lumière et d'apprendre, loin du possible et de ceux qui l'entouraient, il voguait dans le silence, croisant des murmures,
entendait une note qui tournait, écrivait un mot, toujours le même, en faisait des pages, des pages qui s'envolaient dans le matin par le carreau cassé d'où il était entré.

Premier jour / naissance des visions / première écriture / apparition / bouleversement / découverte des champs terrestres où tout s'arrête / repos du glacé / légende des créations /
terre de feu / dans le vivant en une seule image, refaire le jour et l'appeler déjà souvenir.
La nuit l'avançait vers sa terre.
L'être est miracle et le cherche, se laisser mener en lui, alors qu'il s'enfuyait dans un dernier souvenir d'enfant : atteindre le fond, vivre aujourd'hui ?  
Revivre la marche dans le sable, couverte de silence entre les dunes,là où l'homme avait amassé des pierres pour se protéger de sa peur, une direction se construisait,
temples d'accueils aux peuplades venues s'y reposer, halte dans leurs longues émigrations, être de ce peuple, ne pas y penser, penser à rien,
juste cette marche dans le sable couverte de silence entre les dunes.

Courir, se faire mener dans un haut sommet de vent, puis descendre d'une longue croisière, plus loin que mène le regard,
traverser les océans, et puis être emprisonné ici, ne plus pouvoir sortir. Et le pont retrouvé, repartir, marcher, courir, se faire mener encore vers la plage,
au long de la vitesse filante dans un effleurement de mains, le toucher teinte le firmament où s'endort le soleil, teinte le corps de la nuit qui court.

Quand le sommeil arriva, il n'arrêta pas la découverte. Au matin les oiseaux d'océan couvrirent l'éveil,une porte s'ouvrit, étendues marines.
Devant un miroir, la rencontre attendait plus pénétrante et se tournait : un visage de glace brûlante, doux, étonné, sensible aux moindres gestes,
merveilleusement beau qu'il appellerait Jeunesse.
Le miroir était près de la porte, la porte s'ouvrit.
Les jours suivants, il revoyait le visage dans le couloir ombré qui menait de la cour au jardin et il s'enfuyait dans la pierre.

Dans la salle près de la fenêtre s'ouvrant dans la campagne, il s'animait d'étranges paroles plus douces que des senteurs d'automne.
Il y avait un escalier où son pas à chaque marche sonnait différemment et le bruissement du bois descendait en lui,
comme l'étirement de ces branches couvertes de fruits, laissant tomber des brindilles sous le vent.
Il y avait aussi la porte du jardin qui déclenchait son regard
vers la fenêtre où elle passait quelques secondes après. Ce passage ne durait qu'un instant mais il restait alors dans le verre longuement.
Il regardait dans cette transparence où tout venait en taches floues, incertaines comme une palette.

Elle passait, elle venait, elle c'était ce visage, ce regard, ce sourire. Vivait-elle vraiment dans le temps ?
                                                     ou était elle une préparation,une attente de l'Aidante.
        


                        Jardin des songes
          Rêves Rêves essentiels
Ouvres tes ailes        Envoles-toi                Un monde se lève
               
 Dans une épaisse brume      Un jardin des songes m'apparaît
           La terre soudain s'enfume             Toute réalité disparaît
 
Des orchidées s’avancent                    Des lutins bleus me font voir la mer

            Voici des lys qui dansent                Sur des pavots couvrant le parterre
 
              Ce n'est plus un narguilé     Qui me cause ces apparitions
                      Ni de l'absinthe consommée          Aphrodite lance des passions
           
                   Mille regards se posent                    Sa seule image fait irruption
                          Visage au teint d'osmose   Qui jaillit d'une longue naissance   d'une revenance       d'une renaissance
                                            Jaillir ici          dans la brousse du rêve                            
 
                                   Le crépuscule rosé              Au carillon des campanules
                                                        En ce jour va se noyer                   Dans l'aurore de ma destinée
 
                         J'ai traversé mon rêve         La nuit est tombée
                                                     Je suis venu vous dire        
              J'ai trouvé mon chemin        Entre les ronces et les arbres morts        Ton Eden

Dans une épaisse brume un jardin des songes apparaît / La terre soudain s'enfume toute réalité apparaît /
Rêves rêves essentiels ouvres tes ailes    Envoles-toi    Un monde se lève /


                  



Primaire mutation
, près d'une très jeune fille qui s'enfuit, dans les murs nus  d'une maison de cachettes  à caresses de regard,
et très loin dans un havre de nuit vomissante, un cabaret de strip-tease où il chante des chansons marines de beuverie
des déshabillages d'hôtesses et de champagne, chanson à écouler la sono qui grince une ferraille fatiguée disloquée.
Des gouines rêveuses,entraîneuses à fric,poétesses de nuit,reines d'orgies tristes,leur beauté de la dernière heure,qui s'évapore dans les flaques de champagne.
Un cinéma-relief,loin au bout du port et des éclats de bouteille.. Une coulisse en fouillis de cuisine avec les filles saoules qui ajustent leur cache-sexe de star de 2mm30
rires de femmes, chansons de rien, sourire de poétesses, musique qu'il aime et cette table de cuisine jaunie où il écrit le havre platonique, pur, désuet
soulagement harmonique,langage malhabile, marche dans ces sentiers qui seront buildings, une campagne avant le verre et l'acier
jonction entre le sauvage retour la caverne et le gigantisme profil industriel argenté, jonction entre la fille de la terre cachée
et la fille du strip le port et la violence, premiers poèmes démodés-romantiques pour sa valoche ou son placard.
Elle, sur la table de cuisine, dans le bordel envahissant du havre platonique d'un départ
démodés-romantiques pour sa valoche ou son placard, mais le vrai battant qui te fait entrer, galérer sur les scènes de la décennie
rencontrer et vivre ce que tu veux, rencontrer et vivre avec ce temps, long Pour trouver la force  dans la coulisse de l'immense bordel
la pureté derrière chaque artiste nu caché derrière le strass et le make-up dans la conscience de la nuit, du héros qui sommeille prêt avant d'entrer.

                                                                                                                Vague d'Azur

                                      Vague d'azur   Tu es venue frapper à mes rochers
                                                                   Tu as recouvert mon sable       qui est fin et doux        que parceque tu viens t'y jeter
                                                        Tu étais rouge et bleue à la fois          Dans le soir couchant             Moi j'étais jaune et noir
                                              Quand tu es venue m'inonder               Cela a fait un arc-en-ciel                     Le ciel se reflétait en toi
                                                      Le soleil s'endormait dans ton corps            Toutes les trois ou quatre secondes
                                       Tu venais me toucher        Quand j'étais rocher             Tu venais tumultueuse               Quand j'étais sable
                                            Tu venais dans une caresse           Quand j'étais horizon              Tu t'allongeais pour te reposer à mes côtés
                                                    Avant   je n'étais que volcan en fusion,     larves de feu.    Au loin je te voyais avancer   vague sereine sous un ciel de pureté
                                                           Mon cratère s'éteignit le jour où tu vins jusqu'à moi          Je devins terre fertile      dès le printemps je me couvrais de vert
                                                                   J'avais trouvé cette couleur au fond de toi           Dans les algues de ta profondeur
                                                                           là où il n'y avait plus que nous deux          Loin du bruit et du tumulte des hommes
                                         Quand je pénètre en toi      Je ressors au large       En île de fidélité chantée par les poètes         Tu m'entoures alors de tes bras
                                                     me donnes ta chaleur        La vie ne vient que de commencer          J'effleure l'écume de ta peau
                                                                             Vague d'azur tu es…     Et moi je suis…   et je t'aime .



Cavaler longtemps, chercher un lieu de protection, un lieu-formule symbolique, une métaphysique du simple, dont le coeur est juste pour lui,
c'est-à-dire, pas une assurance à prêcher le vrai, l'essence du vrai n'est vraie que pour soi, et chacun sa réalité.
Il y a la rencontre et le cortège de la nébuleuse, les êtres branchés, l'autour, les êtres en satellites de son parcours. Il a bu à cette source,
c'est le portail de son domaine, tout le reste : trouvé avec les yeux, le corps, le crayon, le brouillon explorateur et sa forme de vie en cavale,
tout le reste, c'était un mystère — "Comment font les gens pour ne pas partir ? pour ne pas exploser ?"    Son portail presque personne ne l'a franchi.
Il faut dire qu'il n'avait pas voulu y faire entrer le monde. Il voulait que toi, tu sois l'invité, toi, tous les toi en "voyailleurs". 
Il faisait juste le minimum pour te recevoir. Pour le reste il attendait, portail ouvert, pas de clef, juste un lieu formule symbolique, un repaire,
une cache, un poste d'observation. Il parlait tout seul dans la nature, il semblait bien s'adresser à quelqu'un :— "Notre domaine s'ouvrira à l'ampleur,
au large panoramique, à la facilité de se reconnaître, indéfinissable que nous verrons grandir comme des fruits, et dès aujourd'hui par les hauts vents,
que s'éparpillent sur le monde, jusqu'à la première herbe verte, jusqu'à l'unique appel, jusqu'au premier parfum grisant de terre mouillée de mon domaine".
C'était délire et joueur  ! Un comique caché, pas dans le texte, un comique triste. D'ailleurs il avait joué un rôle dans un cabaret de la rive gauche, un rôle à la Etaix
d'une tristesse tellement ! que c'était drôle, même lui, il fallait qu'il se fasse mal très fort en jouant, en se coinçant un bout de table dans sa chair, pour ne pas éclater de rire,
pour rester grave. La gravité trop longue est un éclat de rire.
Le joueur de vent est passé plusieurs fois comme chez Aufray, déclencheur, trouvère porteur, cette voix qui l'avait fait démarrer.
Le joueur est passé plusieurs fois, isolé dans la forêt, le concerto numéro un de Tchaïkovski s'était levé dans la plaine mourante, ils avaient marché,
répété au-delà, rassasié, vidé, franchi des ondes, pénétré dans le château de Magne, avec le renverse temps, la dé-évolution, il y a Bowie multiple et féminin qui passera,
l'homme d'affaires conscience savoir et magie, les Stones et toute la star smala de voyants. Il y avait un châtelain, un dandy avec sa musique à regarder.
Magne, magnétos, il leur avait laissé deux magnétos pour faire une maquette, avec une promesse de monter en haut, au grand studio, quand tout serait prêt,
un jour où Magma, Elton John et les autres ne seraient pas là…
Dans une petite salle avec les deux Revox, des textes un peu mystérieux, et des musiques qui seraient les décors de ces mots.
Mais quand avaient-ils franchi une porte intemporelle ? Car ils n'étaient pas de leur époque. En retard ce serait un troubadour et un musicien d'un château à un autre.
En avance ce serait un rapeur et son DJ qui en plus de la machinerie aurait des saxos, une clarinette, des flûtes, un vibra qui pourrait jouer de tout, juste au moment voulu.
Mais là tombés dans ces années que venaient-ils faire ? A la fenêtre le printemps montait chaque jour en vert. cela jouait pour la bande magnétique.
Une espèce de graine maquette avec des racines sortant à tous les bouts, des feuillages dans les mots. Cela ressemblait  au début d'un jardin
avec les promesses de récolte dans les semis, des chansons parlées, très végétales. Sans synthé, ni ordinateur, mais les appelant à venir les rejoindre dès qu'ils seraient au point…
Un samedi soir ils allèrent jouer ces morceaux à "L'aigle".
Là un directeur de discothèque aveugle réunissait tous les rockers et les E.T. du moment.
Le public attendait certainement le be bop a lula de fin de semaine, mais il partait très bien dans "Le jardin des songes" du voyageur et de son musicien,a leur grande surprise.
Au bar ils rencontrent les musiciens de Polnareff qui préparaient un groupe et une histoire du nom de "Il était un fois".
La préparation c'est d'être, déjà ce que l'on veut être… et l'humour, tout le quotidien baigné dans la construction d'un univers drôle quoi qu'il arrive…
Au centre Joëlle, perle étrangère et précieuse, étonnamment drôle aussi, enfantine et grave, à l'intonation caressante, avec l'accent à la pureté qui marque.
Une étoile nordique dans le matin blanc qui pouvait être une sirène de chaleur, quand routard fauché, il viendrait les rejoindre sur la Côte d'Azur.
Dans ces tables de folies, quand l'appétit est énorme ou sur le bateau fonçant dans la vitesse de nos vies trop vite chantées.
Le voyageur emmena Serge et Joëlle jouer dans sa "longue route", ils vinrent au studio du château,
Serge joua une guitare californienne, un  égrènement rapide de vie pleine et Joëlle, posa sa voix, un filet d'or hésitant et placé haut comme si, ils allaient naviguer longtemps.
Son qui se grava dans la tête du voyageur mais pas dans le vynil d'un disque.
Dans le petit jour au bar quand le disque était en culture tout allait bien, puis en haut dans le studio, bousculade, il ne voulait pas se faire mener,
découper, censurer son petit monde ou il n'était pas prêt. Il avait à vivre. A VIVRE le contenu de toutes ces chansons avant de les chanter.
Et la page de l'échec tourna / Page suivante apprendre d'un échec…
Le "voyailleurs" créait et subissait un échec ressemblant à tout ce qu'il avait connu avant, mais qui allait le consolider pour des décennies dans le besoin absolu de la marge,
la vraie, celle qui est sur un cahier à gauche, séparée par un trait rouge. L'histoire se joue dans la page et au crayon dans la marge,
c'est une autre grande histoire en parallèle, une anecdote personnelle, un autre scénario.
— "Un jour tous ceux qui sont dans la marge, prendront pleine page pour la vie libérée" pensa-t-il.
 

Il y avait le son du monde et la marche inébranlable du quotidien que l'on n'arrête pas avec un poème. Il faut du temps pour réaliser son rêve.
Le temps d'ici et celui de derrière ses nuages, arraché à l'impossible, du temps, des bases, des fondations, passer un paquet de mois,
d'années dans cet invisible, dans cette préparation méthodique et désordonnée à la fois. La difficulté de vivre, d'être qui se prolonge,
d'organiser sa fête illimitée sans faille, ce compliqué s'arrête, quand on sait que soi et seulement soi, est le meneur de toutes ses dimensions,
et aussi le soi de l'unité, du bloc, de l'expédition. Oui le soi de l'alliage charnel , soi nous je, l'association d'être branchés sur la sacrée ligne.
Partir faire sa vie puis revenir la faire à l'intérieur, et la vie n'est pas une torture intellectuelle, ni le temps qui se paralyse, qui reste bloqué, là,
entre les murs adolescents. C'est un tout qui germe jusqu'à l'éclosion. L'importance c'est ne ne pas être arrêté, dans le trans-univers-express, bien en train de rouler.
Dis ! change de wagon, retrouve-nous. Ce n'est qu'un simple voyage grandiose et naturel, un simple voyage dans la matière et dans la chair,
un goût particulier pour la vitesse et la lenteur. Au début le voyageur n'avait pas de but. Seulement de partir devant, au loin d'une société qui donne envie de fuir ?
De fuir en soi, un voyageur de petit voyage, un marcheur.
Il rencontrait souvent des douteurs professionnels qui lui disaient — "Tu copies ta vie sur les beatniks, tu joues à Kérouac, tes voyages sont tout petits,
pars vraiment au bout du monde, en Orient."
Tout était très vague, à la recherche de mythe, une histoire de coeur dans les hauteurs, un mélange avec les forêts et les grands ciels violacés du soir,
vus des voitures où l'héroïne était floue et transparente, où il glisserait plus tard, ces amantes dans cette peau étrange.
Une envie de dire ou de chanter autre chose que ce qu'il écoutait, justement en rapport avec cet intraduisible.
Rencontrer le monde dans la peau de celui qui passe, qui ne fait que passer. Tout est possible car il ne reste pas. Disponible et en partance il sait que demain,
ou le jour d'après, il sera loin. Noté toutes les rencontres sur un carnet, ressentir des présences d'ailleurs, se préparer à cela, rentrer dans une ère de nettoyage.
 
Sur la route et dans la nature autour quand on ne connaît rien du décor., c'est là que nous recevons le plus de signes. Mais comme c'était… sensitif,
qu'il n'avait pas les mots pour traduire, il se contentait de réfléchir à la géographie de son périple. Pendant longtemps il fit le même.
longue route près de le mer, chemin de montagnes, des rencontres, et cela recommence.
Absolument sans argent, car il y avait longtemps que le dernier billet était envolé dans une fête. Mais il n'était pas question de jeûner,
le paquet de fruits emballés, tombé sur la route brûlante. Tous les points de myrtilles, les heures de mûres inépuisables, melons verts. Pommes, pissenlits,
et le carnet d'adresses, les maisons, les amis d'entre les voyages, s'en souviendrait-il ? Pour qui il faisait ces raids solitaires ? Pour "dans très longtemps" ?
         Il ne prenait pas la route de ces semblables apparents, comme s'il cherchait partout la vallée secrète, comme si tous les paysages même les plus ordinaires
cachaient le schamballa, le jardin des songes partout.
         Pour partir plus loin, il aurait fallu prendre des décisions, avoir un objectif et surtout ne pas être tombé amoureux d'un paysage.
C'est un simple paysage comme il y en a dans presque toutes les régions de France, d'Irlande, de presque tous les pays d'Occident, de Méditerranée,
d'océans, dans les montagnes on retrouve ce paysage. Il y a une dose de vert très importante mais selon l'époque cela peut virer au rouge.
Ce n'est pas la couleur, ni la matière, ni la hauteur, ni le volume qui  joue. C'est une heure où il y a personne ou presque. Le ciel est imposant,
il y a des présences d'odeurs, de sons et de ressentis, il y a un cycle quotidien : le matin c'est la création, l'improvisation ou le texte jamais noté,
la pensée à faire aller avec le décor. Plein émerveillement. Pleine force du corps avec tout de ce paysage.
         Des territoires immenses, des pleins horizons à 360 degrés juste pour le petit homme, pour l'indien au torse résonnant.
         Trouver une départementale, une traverse, être seul avec tout l'univers visible devant soi, autour et derrière, arriver tout neuf
même un peu blessé, mais tout neuf devant ce qui est éternellement neuf.
         Le Midi vient comme une réalité : ce monde est peuplé d'humains pas forcément ressemblants à cela qui ont aménagé une société et des lois
pas forcément ressemblantes à cette nature nue du matin, à ce sauvage, cet éternel, cet élan.
         L'après-midi est un combat, avec la chaleur, avec le froid selon le calendrier, avec le travail ! même si cela n'en est pas ? Avec la marche, ou la pluie, avec toute la vie.
         En fin d'après-midi se développe la transformation, la révolte organisée, l'ouverture du livre de bord, la relâche vers la nuit, le partage,
tout ce qui est le plus proche de la vie dite "normale", repas, retrouvailles, séduction, amour, feux, les maisons de haltes.
         Dans la nuit reprise du voyage en rêve ou en vrai. Le même, à marcher aux heures fraîches, avec le son des bals. Au loin, les résonances qui peuplent le noir.
arrêt sur les mots à faire les images correspondantes.
         Petit matin de foins, cachés du vent, réveillés par l'humide et le cycle reprend. Souvent très vite jusqu'au soir, la cabane abandonnée devient château
de conteurs-marcheurs, retrouvés jusqu'à très tard, aux dernières braises, la lassitude, ne plus rien se dire, emportés par le sommeil et demain séparés.
Pour toujours, chacun son côté de route.
Je ressens encore ce cycle du temps de ces jours. Peut-être suis-je encore sur ce chemin ? et je vous décris mon histoire ? Pas celle de ce voyageur intemporel
dans des années perchées… Pourtant si…

                                                                                                                                  Pastorale pour un Voyageur
Errer souvent de campagne en campagne       de route en autres routes      chercher à s'arrêter     quelque part, dans un village de silence et de couleurs
pour apaiser une plus grande détresse que de coutume         trouver un décor sur les hauts-plateaux        entre les nuages porteurs de montagnes,
et les plantations de futur, de sapins, d'épopées.         Une terre intérieure sauvage et pure.         Trouver un visage encore dans le voyage,
un corps assis        dans un fauteuil de bois             près de la grande cheminéeoù brûlaient des bûches odorantes sur la braise-sang
ce n'était qu'un feu, mais il y avait quelque chose de plus          comme un pouvoir oublié      remis à la surface de hargne des bûcherons de conscience.
Impression de le connaître depuis longtemps      et un village dans la tête, des prés, des forêts, un troupeau de chèvres, un petit chat nommé Guillou
des nuits orageuses couvertes d'éclairs, de bouleversements,    de passages.         Chambre d'enfant qui s'ouvrait sur le pré, l'étable.
Soirées autour de cantou, odeurs crues, du jardin chaud.      Avant de s'endormir un ciel de légende        avec toutes les étoiles et la voie lactée.
Le matin, lait de chèvres tout juste trait       promenade dans les sentiers avec le troupeau.    Grande table tapissée de lumière de midi à la vieille pendule.
Journée belle lente étirée passerelle        comme les nuages blancs qui passent sur l'enclos        en regardant par la fenêtre le soleil et sa halte,
le troupeau, s'ébattre.     L'après-midi couper du bois, défricher pour de nouveaux pacages.,   rentrer le troupeau, puiser de l'eau pour l'étable, traire
Parfois le ciel se ferme et l'on respire la fraîcheur     Quand vient la pluie tout est encore différent, se vit très lent,   se teinte de toutes les nuances de vert.
Il est minuit à la vieille pendule,         assis sur la pierre du cantou              la grande veillée commence.
 
 
Très vite dans le voyage, il n'y eut plus d'histoire, seulement des chansons-photographies de parcours, plus d'ordre chronologique,
seulement des demandes et des envois, création qui vient se matérialiser quand elle est dessinée, textes à vivre en plusieurs époques,
plusieurs êtres, primaire condensée en quelques lignes, chansons étranges qui feront toucher la RenContre qui va aimer
la RenContre,la Permanente qui va faire le voyage en premier pour ces chants .

 

Je voudrais 
Je voudrais te prendre dans mes bras, serrer, glisser et attendre qu'à nos lèvres
ne viennent que des temps qui sentent le toi en moi.

Alors je voudrais que s'arrêtent les aiguilles    en chaque horloge
Te transposer dans tous les rôles         troubler les instants
Attendre que tu sois héroïne     libre et déjà
Je voudrais ouvrir tes mots             toucher
                        les sons de ta voix
Descendre ma main     en ta forêt d'ondes
A mettre nus              l'élan
Jouir de nos corps et m'endormir      Jusqu'au jour d'innocence.
Au bas des nuages de pluies                    le soir
            dans les contrées désertes
Tu es presque en revenance    Au bas de ma guitare
Dans mes spectacles éteints   Tu es preque une vieille chanson
Je veux ouvrir tes lèvres      Glisser ma bouche en ton ciel
Monter brûlant      en ta forêt d'ondes
Me mettre doux et profond
Jouir de nos corps      et m'endormir
Jusqu'au jour d'innocence
Longue est la distance
entre mes mains et tes épaules       Des natures des villes des rôles.


         Il y avait un peintre, vivant dans un moulin près de l'Oise. Il peignait un monde en train de partir, de se vider.
         Des jeunes filles minces et nues posaient pour lui. Le jour des enfants, le voyageur jouait des sons et de la voix, pendant les cours de peinture.
         Le soir ils mangeaient dans un fatras d'assiettes de nouilles et de couleurs provençales, tout ce qui était sculpture, matières, liquides et rondeurs des saisons, était là.
         Muses en mouvement, un îlot d'art avec un conservateur et des hôtesses toujours en retard, a reprendre le train pour la famille.
         Rassasié il chanta cet air et prit la route juste après.
 

Harmonica dans la poche errance          toujours en mal de partir
Par ce goudron des hommes
Pour une rencontre et mille apparences,
                         Par ce vagabondage en espoir
 Génie    misère     un peintre        un poète
            Allonges-moi aux rivières de neige
            Emmène-moi en traîneau de rennes
            Je glisse vers le ciel      ton pigeonnier la nuit
                                                     Hanté d'enfants peintres
            S'allument les couleurs       les portes crient
            Les murs pleurent l'amour       ils vont venir les raser
            Les toiles s'éclatent       des vomissures couleurs         les toiles m'emportent
                                               Je pars vers le Nord.

        


A peine commencé le voyage, et déjà être partagé entre la route seul, ou "spectacle", rencontrer, voir le plus possible de gens nouveaux.
Un petit public était là en cercle, c'était pas forcément pour lui, eux aussi venaient à la rencontre, mais comme il était au milieu,
il prit une pause de conteur et dit dans le grave, calme et presque rapidement avec quelques bouts de silence en fin de phrase.
 
— "Je suis assis en haut d'une colline.  Autour de moi une herbe humide et presque verte d'où se dégage un parfum grisant et profond de terre mouillée
Devant moi    des prés, des champs         et loin       très loin un horizon vaste.        Au-dessus un ciel pâle et rosé d'une douce transparence
un ciel de fin d'après-midi          dans les premiers jours du renouveau.      Je suis assis en haut d'une colline,  que j'ai découvert hier dans la soirée.
J'ai pris un chemin, j'avançais d'un pas lent      comme dans une brume      quand je m'aperçus qu'aucun chien n'aboyait        aucun bruit
J'avais l'impression de marcher sur un tapis de mousse,      alors que le sol était couvert de cailloux.     Un chat me suivait, ou plutôt me conduisait.
Il avait des yeux vastes.      Grisé par l'odeur de terre mouillée     et par tant de silence             je le pris pour un messager
et je l'appelai par ce nom    ce nom qui…m'envoutait       et il venait        Il me conduisit où je suis aujourd'hui
Devant ce même paysage transformé encore par la nuit      par des lumières qui avançaient dans l'horizon     par une fenêtre allumée   dans la ferme.
Les arbres en fleurs se couvraient comme de fruits       La fenêtre allumée s'ouvrait       Elle éclairait toute la colline
Les lumières à l'horizon devenaient des routes            Il y en avait des centaines et sur chaque,        je marchais               avec
Quand tu fus près de moi        tout près de moi,      tu disparus,     tout disparu       Mais tout ce qui fait le monde       revint  
                                                                                                                               et moi jamais vraiment je ne redescendis de la colline.  "


                           


Chansons Aimantes d'Avant :
                                                                                                         

Il est quatre heures
La nuit s'en va          Le jour pose un voile de rosée
Sur le lit de paille
Dans la chambre dont l'immensité        Au vent tressaille
Et j'attends    j'attends au soir du jour
Il est sept heures     Le soleil vient
Il reprend le voile de rosée
Sur le lit de paille
Qui recouvert d'un drap de blé     Au vent tressaille
Et j'attends             j'attends au soir du jour
Il est neuf heures
Je me lève       La chambre finissait à l'horizon
Je pars visiter      Toutes les pièces de la maison
Ouverte à l'été     Et j'attends       j'attends au soir du jour
Il est midi   Quelques fleurs         Dans les mains     et dans les poches blotties
            Sous un oreiller       Posé cet après-midi
Il est deux heures            Très faim de vivre       quelques cerisiers
de la fleur d'acacia       un repas sur le sentier



 
 Le vent de l’Occident                                                                                                                                   
 Le vent de l'Occident       Nous a trouvé sur un rivage
    Le vent de l'Occident       A jailli d'un rebelle âge
A gémi de ce voyage              Loi du phare d'Occident 
Il a retrouvé nos cheveux        Il est là à notre cou
Les montagnes sont bleues       Là où un faon se promène       Derrière les yeux
Des poètes nous rejoignent            nous amènent
Marchent        et écrivent avec nous
Guettent le vent sur nos cils
Vos visages sont leurs paysages
 Que faites-vous ?     Vous le laissez entrer ?
Ou vous restez dans l'ordinaire        Juste avoir l'air
Se couler dans le moule du vieillissement
Ou sculpter votre temps

 
 
Sous les rayons du soleil d'octobre
Qui solde ses derniers reflets        La nature doucement s'endort
Prenant de nouveaux attraits                Se couche dans le lit du soleil
Où sur eux les saisons veillent        Témoin de cette union         en battant les champs
Qui mènent        à ta maison               Couché dans le lit d'un feuillage
Gardé une place pour nous deux, trois, quatre, je ne sais plus
Toutes les couleurs sont arrivées         Palette de toute l'étendue
Voix d'automne / Automne voit / Rouge sonne de la voix donne
 Trop tôt ou trop tard             Voix donne
A l'horloge du savoir
Des adultes               des affairistes
A l'heure exacte                    des corps
 Voix d'automne      Automne voit       Rouge            sonne
De la voix donne           Rouge sonne de la voix donne
 



Remember                                                                                
 Passe la tristesse     Passent les maux
D'un réflexe blues    d'homme trop !
 Aux premières pluies de novembre      Je ne sens plus rien du tout
Que le parfum d'ambre
Des vieux arbres baignés de boue
Remember I often think of you    Aux premières pluies de novembre
Défricher jusqu'où       Et en cette langue
Des mots m'apparaissent plus doux
Remember I often think of you      En sans bagages
Vers les terres inconnues     Me reprend le val du voyage
Vers les Amériques anciennes   Des forêts de Bolivie
Aux rivières de glaces de l'arctique    Barrière de corail de l'Australie
Temple d'Anghor       voile de l'Asie      Nuit des plages orientales
Etre aux ébats plaisir    Sortir comme statue des Dales
Carte et mappemonde    Aller dans l'heure
L'heure d'aller     Voyageuse de vous         Remember I often think of you



L’automne s’en vient                                                                                                                                
 Comme un automne s'en vient      On reprend chacun la route
Dans la croisée des chemins      Se retrouve près du doute
 Le vent froid renaît    Le ciel s'est couvert      d'une teinte de lait
D'un gris de la mer     Hirondelle partie     Aussi ces oiseaux         Du chaud de la vie
            Du chaud de la peau      Gardé les poses        Gardé source pure
                        Faire ce qu'on ose       Dans le clair obscur
 Trouver la chaleur en soi     ôter les regrets
            tous les habits de présages     Le corps d'automne est doré
Engrangé de rayons      Partir avec l'automne           changer de toit et de terre
     Changer de lois et d'airs          Se trouver la force            le repaire
            Pour créer son hiver     univers pour garder      Ce que l'été a laissé dans l'automne
            Toutes ses rimes usées ou le souvenir sillonne
            S'en aller        prêt à l'automne
Toutes ses rimes usées     Douce drôle à l'oreille
            Dans les rôles           du temps des veilles



Le matin du musicien                                                                                                                                   

 Un matin pâle s'ouvre sans éclat     Au soleil voilé d'un ciel vide
Le martèlement monotone d'un pas       C'est un musicien qui rentre de la ville
 Soudain il s'est arrêté       S'est assis au bord du talus
A pris sa musique et a joué
Joué avec la blessure                     joué avec
Joué en direct   avec la tristesse
La grisaille                                        d'où naisse
  Dans le matin                                   un autre matin
 Un Matin de lui

Avec un rythme de coeur dans la main      Une chaleur caresse ses cordes
            Une nature se met à s'éveiller      Douceur  fiction désordre
            Un matin pâle s'ouvre avec les doigts     Au soleil voilé d'un ciel lead
Le tam-tam sauvage avec sa voix
C'est un musicien qui rentre de la ville





Image sépia                                                                                          
  En sépia était leur monde    En rouge usé
En une seule couleur     Leur temps arrêté 
IL la prend en photo             elle prend des poses anciennes
il expose le film au soleil       le papier rougi dans son labo
 ELLE de ses douces mains pianote      lentement sur lui
comme un clavier      Les sons les silences et les notes
se font à danser
 Elle danse dans sa tête    et l'énivre peu à peu
      voilà que tout son être       se prend à son jeu
dès qu'elle part au loin     le soir il lui vient…
comme au-devant du chemin   l'écho de sa voix
alors toute sa forêt   joue soudain sa chanson
il la voit devant la haie   près de sa maison      un flou       une brume
en papier sépia
 Dans le réveil des matins d'été     Chaud des champs de blé
Si fort           Même l'hiver venu
      Brûle encore des heures      En sépia était leur monde
En rouge usé         En une seule couleur      Leur temps arrêté.
Il la prend en photo     elle prend des poses anciennes
  Il expose le film au soleil
Le papier rougit dans son labo     Il sort seul de la photo.



 

Le Pionnier                                                                                        
 On nous a tant reproché       De voir de l'or
Dans chaque ruisseau       De bâtir un village       Avant de trouver de l'eau.
Faire le plus petit des voyages        Dans la voile d'un féodal bateau
De jeter des couleurs de possible         Dans les jours les plus vides
Se battre pour l'enfance        Caché ou en pleine lumière
S'enclore dans l'idée fraternelle
Manque l'or               Manque rien              Pour celui qui croit à demain
 Sûr on peu voir    Ces maux   ces faims    ces manques     De tout de toit      de nous
Ces bombes de rage ces dires      Les guerres d'un autre âge    ces tabous
Ces forêts parties    Dans les rides du siècle
Nos rides       ces fatigues
Pour le même chemin         vers vous
Ces bonheurs qui glissent des mains      De la solitude qui vient
Ces visages si vites tournés             S'enfuyant pour éviter
Ces temps passés trop vite           A attendre le temps de tant de temps
La folie                       Autour et en dedans du présent
Malgré tout     au gré de tout malgré      Etre pionnier        S'enclôre dans l'idée fraternelle   découvrir
Caché ou en pleine lumière et bâtir




 
Loin d’elle                                                                                                                
 Loin d'elle je ne cesse de revoir        ces courts instants
Séquences brèves/              Déclic /      /Flash / d'au-revoir
A mon esprit revenant/         Jamais ne s'achève
 Escalier         Où elle monte et s'enfuit/              Ses traits     se graver
Dans les goûts et l'attirance des lointains
Des yeux hésitants   Qui cherchent une dernière fois   Sur une porte se fermant
Aux grandes tristesses et aux refrains de rien
Fenêtre ouverte   Dans le froid de la nuit/    Attendre/ et apparaître /
Un multi-désir aux multis déesses/          Le film est gelé
            L'image ne vit pas/          J'allais l'oublié/            Si ce ne l'est déjà
            Le scénario est bouclé/        Tournage prêt
                        Prêt commencer !/                         Loin d'elle je ne cesse





L'homme des miroirs                                                                                                             
 Habit flou sans âges       Sans ressemblance
Des yeux en soleil        Une présence    Il voyageait depuis longtemps
Vers l'or       vers le chant    Là dans le soir           Aux poussières mauves   
Laissant quelques traces
           Des pistes   des cartes
Pour le suivre        Du côté d'Ose
 Parleur au long manteau de vent        Vagabond d'errance
Sur les terres glacées          Dans les lieux sauvages cachés
Dans les zones d'écriture de l'histoire      Dans les plus grands déserts
Marcheur     calmeur de fièvre          Berger-marin peut-être             Prêtre anar rêveur dans les mots
Ou philosophe ou homme toujours trop
 Tu as saigné de ta blessure      Une perle rouge s'est posée sur ton front
Une goutte d'ombre est venue à ta joue       Tu es monté au flanc de la colline
On te bat, tu meurs tous les jours     Il y a-t-il la chance et la malchance ?
Il y a l'être perdant
         On est toujours perdant dans la normalité
Et au fond du miroir               devant            L'autre le magique               Aller le chercher
Oter la crasse amassée sur toutes les images          et les miroirs du monde
 De très loin nous viendrons des millions       Pour t'entendre
            Se pressant sur les routes       Seul       nous te trouverons dans un miroir
            Prophète ?     L'Homme des Miroirs





Tu es chaque ligne                                                                                                                                   
  Tu es chaque ligne       Tu es chaque mot       Tu es chaque rime
                        Mais qui es-tu ?        Plusieurs fois venu         Sous d'autres traits
Un courant pour          que les décors rajeunissent            autour de toi
Un courant pour     que les cellules s'électrisent      Paradisent poétisent érotisent l'ermite caché
au fond des bois    caché au fond de toi
Tu es chaque ligne      tu es chaque mot         tu es chaque rime
Un feu au milieu des chaleurs     Hissement des cerfs       Levé des couleurs
L'encre manque aux plumes    Le flux soudain tari    Si à tes yeux ne s'allume      Le cru des mots-cris
Le cru d'inventer              changer les lumières         Le cru des beautés
                        Des mets sauvages      Envolée ardeur bat vite      Stop sur une note
Fige ses mots sans suite       Frappe à ta porte    Si tu ouvres au matin
On vient te rapporter     La nouvelle et la fin      D'une histoire seule créée
Et mon âme entrera par la fenêtre ouverte          Sur tes armes elle se posera
Dans un regard voilé          Je viendrai pour la Nouvelle fois
Le moment presque parfait        Ou tu prends d'autres traits
            Ligne qui s'égraine        Changement de temps
                                                  Déité humaine
Tu es chaque ligne                      Tu es chaque mot                 Tu es chaque rime


        
La fin de l'histoire du voyageur, est une fin de pensées tibétaines, une fin de montagne et de royaume intérieur, où la mort passe à autre chose.
Une mort de changement de nef, changer en roulant, pour une double vie, un couple amoureux qui va se superposer au jeune voyageur solitaire.
Il marchait seul, sur des routes, ses partenaires de skiffle group étaient partis retrouver leur vie.
Lui il avançait avec une image : continuer le spectacle, le faire, en vivre, rencontrer le monde avec. C'était à Bruxelles, la nuit,
dans un échange passionnel de culture, le bouillonnement des gens de nuit, l'îlot sacré, les rues autour de la grand place, dans les restaurants, les bars,
les cabarets, les brasseries. Commencer à 19 heures chez un grec, "El Gréco". Les fils de Mélina, les cordes de Bouzouki tintant sec,
exactement comme ce fromage blanc onctueux mélangé à des radis piquants, des tomates, des piments, toute une chaleur centrée aux racines du voyage,
des filets sur le mur, les serveurs qui dansent le sirtaki. Secs aussi, les gestes des jambes, les attitudes des visages, les mouvements dressés du salut de leur enfance.
Tout a un goût d'énergie, de vitesse à porter l'assiette de nature, un goût de Méditerranée même pas perdu dans les brumes du Nord.
Quand le voyageur arriva ils arrêtaient le Sirtaki, et lui un peu métèque il poétisait en français. C'est là qu'il commençait sa journée.
Georges Vargos le patron va lui dire :
         — Alors chauffes-nous ce soir, je t'invite au repas du matin à 6h comme hier, … garde de la voix pour.
         — D'accord Georges, cela va me donner des ailes pour passer la soucoupe.
Des ailes, il en avait presque, certains jours avec le large de la tunique et la vitesse de la main droite sur les cordes. 5 chansons, 15mn, 1 texte,
une arrivée fracassante en tapant sur la guitare avec un poème de José Marie de Hérédia. Conquérir vite et fort avec une voix d'intimité.
Placer le son dans une oreille, puis dans une autre, capter avec les yeux. Passer simplement comme un hors-d'oeuvre au centre de la capitale européenne
qui métisse et chauffe la nuit. Chez Georges vers 19h c'était encore très sage. La nuit était en marche, et la marche il allait en jouer entre les tables,
rapide comme les serveurs. Puis arrêté par un visage, une attention. Vers 20h il traversait la grand place et attaquait la petite rue des bouchers "La Bergerie"
où il avait chanté la première fois. Présenté par Aube et Henry, un duo français vedette de la nuit de ce temps.
La première fois, la soucoupe bourrée de billets il s'était dit : « Dans trois mois j'ai une sono, un camion et je démarre le spectacle ».
Les Belges du soir aimaient la poésie française et son allure vagabonde décidée. L'argent coulait dans sa sacoche, ensuite toutes les poches étaient remplies,
l'esprit, les oreilles et l'envie de grandir un jour, de le faire en grand.
         Vers 20h30 le premier passage à "La vieille ville", ambiance chic. Pierre, silence, et version troubadour. C'est là qu'une jeune américaine liseuse de mains,
va lui tracer un soir, très exactement 25 ans de spectacle et de traversée silencieuse. Un soir Jean Marais, seul et songeant, est là.
Ce n'est même pas une surprise, c'est un décor et un jour pour lui, un décor de Cocteau, si on gratte un peu le mur, si on transforme le patron élégant et ses serveurs
en des divas d'un opéra futuriste, pour ouvrir le temps du mélange sensoriel. Le voyageur s'arrête à la table de Jean Marais, ne chante pas, il parle,
lentement un poème qu'il n'aurait jamais osé faire à n'importe qui. Là juste pour Jean Marais…  qui a regardé un peu de côté, puis qui s'est arrêté de manger,
et a écouté les yeux fixes devant, comme si c'était loin en arrière… Quand le texte se termine il sort trois gros billets sans regarder le voyageur, comme un peu gêné,
il les met dans la guitare. C'est une semaine de manche en 5 minutes. C'est le coeur battant, le silence des murs qui réverbent, un petit quelque chose,
qui dit "Continue, sois des nôtres". Des "continues" qu'il interprètait comme tel, il y en eut des centaines qui serviront à mettre un peu de force dans sa dérive.
Il fera tous les restaurants de le petite rue des Bouchers, même les Russes où les violons slaves et les cordes à taper emmènent les couples au bord passion.
Au bord du grave de la voix du chanteur basse qui deviendra l'ami… l'émigré de la steppe, qui l'emmènera mancher,
le dimanche dans les restaurants luxueux du lac de Géneval. Une ambiance champagne, caviar et argent sur les tables. Impression de fin de 19e siècle,
ou bien avant, d'Autriche et de Sissi… de vie légère où le troubadour est indispensable, il fait partie du décor du lac, il y dort, il y joue de la femme des eaux.
Ils allaient tous les deux, lui blond et frêle, et le russe brun et large, âgé protecteur, dans la force, et le « voyageur » dans la fougue.
Ils chantaient même ensemble, c'était tout l'Occident qui passait, du vent d'un orchestre de Bob Dylan, aux paysans du Caucase,
de la Beat generation au son de la grande Russie, le bois, la terre inexplorée, guetteur venant d'un château haut perché en Transylvanie ?
et connaissant les chants des repas et des fêtes secrètes, juste le dimanche autour du lac.
         Plus tard dans la soirée il passait de l'îlot sacré aux Sablons, il avait utilisé juste ce qu'il fallait de vin et de vitamine C pour être vif et rapide.
Passant de l'ambiance italienne, au club américain, du bar yougoslave à la brasserie des bières où c'était vraiment Bruxelles. Prêt à l'écoute des mots blonds,
des rimes qui vont avec la boisson, de l'écoute dans le bruit des parlés. Là en traversant vite, Jacques Brel dans une voiture genre américaine,
allait juste l'écraser, mais réflexe de chanteur qui a oublié son texte, regard entre eux instant bloqué jusqu'à un éclat de rire et Brel passe composer ses dernières immortelles.
         Place du Sablon, juste avant, un bar mexicain avec un chili con carne. Un passage très rythmé et une assiette de chili pour tenir l'alcool… à passer les accords,
à garder le mordant. « J'ai ma place là où le ? est possible » dit-il. « Si ! Reviens chanter encore tout à l'heure lui dit le jeune patron ».
         Dans les rues autour de la place, il découvrit un restaurant caché « Le Baudelaire », le patron était un gitan chanteur, un accent, une écriture posée là,
comme une blessure de Méditerranée, impossible à cicatriser. Sa femme et ses filles tenaient le restaurant, après, quand il avait tourné tout Bruxelles, tard dans la nuit,
il chantait chez lui et un public connaisseur venait savourer ce sourire et ce son des  Saintes Maries de la Mer , cette passion diffusée en tranches de nuit à tous.
Pierre Fontel avait panaché tout le répertoire du Midi avec l'alcool des poètes perdus, il avait mis en musique Baudelaire.
En montant un escalier, c'était comme si on était invité dans sa maison ou plutôt un repaire passager. Il accueillit le « Voyageur » comme un jeune Messie,
un double plus jeune que lui, qui lui, lorgnait ses filles et l'ambiance fan de poèmes qui sévissait.
Comme un salon du 19e siècle, on s'échangeait les pérégrinations intellectuelles des gens du bout de la nuit. De table à table après avoir écouté le maître
et senti l'alcool frôler les mots. Le thym, le serpolet, les grandes assiettes de poisson, la brûlure d'azur était dans sa voix et sa manière de guitare et de roulement de cordes.
Un roman triste à lui tout seul, caché ! mais puissant dans l'instant. Preuve qu'il n'y a pas que des soldats inconnus, il y a aussi des artistes tombés sans les honneurs.
Un soir de pluie Pierre Fontel monta sur le toit pour régler l'antenne de télé, là où il aurait dû être installé dans les hits et tout glissa,
comme dans les vies des poèmes qu'il chantait. Mais avant, un soir le voyageur lui prit un peu de lumière. Il admira sa femme, ses filles, la muse farouche, le talent creusé.
         Il avait besoin de remontant. Aubes démentes alcoolisées et une solitude de génie déserteur là où les arbres alimentent le ciel d'une liqueur noire, ombres et étoiles.
         Il y eut bien aussi le bar des danseurs de Béjart, rue de la Fourche, leurs écoutes après leurs efforts.
         Et Léo Ferré en cuir un soir sur le trottoir de la même rue parlant tout seul, le voyailleurs répétant un nouveau texte, la seconde de cette nuit qui mélangea leurs mots,
chacun à un bout de ligne du spectacle.
         Les remontants c'étaient les chambres, il en changeait souvent, se faisant des murs d'images, de fuites, d'envies, d'exubérance encore en corps.
         Pas de meubles, la guitare, un matelas au centre : le repas au réveil à 18h, étalé sur le sol, vin, viande rouge, persil, salade avant de démarrer.
Au centre du retour toujours le matelas, vers 9, 10h du matin, et des filles, chercheuses de changement, dans la nuit à s’embarquer un troubadour, au centre de dormir,
sous les sons du jour de Bruxelles.
         C’était toujours la première chambre prise seul avec le premier argent sous la discothèque silencieuse à cette heure-là. Juste avant il vivait chez des acrobates,
une adresse sur un carnet, un jour, un spectacle et puis plus de spectacles, un couple vieillissant sans la scène, attendant le contrat, le facteur deux fois par jour,
entre les souvenirs, les photos dans tous les cirques du monde, la vie normale qui ne le serait jamais, même la soupe aux choux et la bière avaient un goût de fêtes,
de chapiteaux, d’applaudissements, du travail sur la piste… la piste qui prend toute la tête, de toute la vie.
         De là, il partait pour chanter, pour rencontrer le monde dans deux petites rues autour de la grand place.
         Léonard Cohen de passage vers son île d’écriture et le voyageur rêvait d’une halte ainsi pour construire un jour :
des mots comme des pierres est-ce possible de se construire son home, blanc-zen-calme, pas une histoire, toutes ses histoires en une chanson longue de 300 pages.
         De tous les marcheurs chantant de ce temps, il rencontra vraiment « Mouche », plus jeune, plus frêle, aussi rocailleux, ils marchèrent même à deux,
chantèrent aussi vite l’un que l’autre. Une gueule de star, arrachée, cachée, speedée, avec une grande guitare douze cordes dans ses mains pleines de billets.
Créer dans le vacarme des bistrots, dans tous les lieux où les gens s’empiffrent, créer de la magie ! Sans peur du ridicule, en voyant le ridicule, partout où il y a la normalité.
         Gonflé par je ne sais quelle croyance dans l’urgence de chanter très vite ce n’est pas pour l’argent mais pour l’ivresse du chant, même s’il est couvert.
         C’était Bruxelles la nuit et là au moment le plus fort du voyage, il pète les plombs, se répare lui-même poétiquement, part quelques jours au bord de mer du Nord
chez des spectateurs de son mini-nuit-opéra. C’est un photographe, il va lui faire une affiche, photo en marchant, éventé dans les mots et les souffles d’eaux,
simple son en chemin, ça sent la fin du Voyageur. Il a une nuit qui marque, se réveille dressé dans une maison de succès, la lune, les arbres bougent,
les ombres puissantes sur l’immense véranda. Passe son bras autour du monde. Il sent la fin et le passage à une autre histoire, un changement de rôle.
         Un roman à deux en gardant juste l’idée de spectacle, la traversée venant à l’intérieur.
         Il termine là son histoire de voyageur, seulement uniquement petitement grandement voyageant. 

                 



     ©copyright / Voyailleurs /  claude Yvans  2010  /                                                                                                                           SUITE      VOYADUO