Voyaduo 2




Le spectacle commence toujours par un texte parler/vite en tapant sur une branche de bois !
Ce n’est pas une histoire de poème, elle existe vraiment… il l’avait ramassée sur une plage, blanchie par le sel, elle était là dans la chambre.
Avant il arrivait toujours en spectacle en tapant sur une guitare, en marchant, derrière les spectateurs…
Taper sur la guitare comme un tam tam avec un micro contact. Taper les trois coups du théâtre… et tous les coups reçus revisités.
Un jour il eut l’idée de poser le micro contact sur la branche de bois blanc. Taper la musique du début du monde avec la technologie,
là où est le monde et ce mélange entre la branche de la mer, et l’écho branché dans le computeur, donnait en vrai ce qu’il contait.
Le spectacle commençait toujours par un texte parlé vite en tapant sur la branche.
Puis « elle » était là aussi avec une guitare électrique. Leurs deux visages se regardent, disent :
         — « Pour un départ, une pureté, un tout à vivre ensemble jusqu’au bout de nos mondes.
         Ton coeur au-dessus qui m’ouvre, ton sexe au-dessous, dans ma main cet éloignement de leurs vérités qui cheminent ».
          — « Nous, nourritures de caresses, repas d’orgasmes à se manger le désir, nourritures de mots aux amis de la révolution langage,
                  dans ces cités termites au hasard d’une soirée qui commence, quand tout est prêt pour repartir ».
         — « Déprime entre deux utopies, les falaises au couchant avec ces érections, ces couleurs, à sentir le ciel sur la nudité, le fragile ».
         — « Le possible d’arrêter, laisser tout, solo, recommencer du jour au lendemain ».
         — « L’heure du repas autour de la grande table au poisson herbes de falaises, houblon des retrouvailles, avec l’amitié face à la mer,
                    musique des voix de ceux qui possèdent le sens de l’instant infiniment ».
 
Le spectacle devait s’être arrêté quelque part, autour d’une senteur, à un instant précis, avant qu’il ne commence,
ou le lendemain, quand le transit laisse la ville dans l’arrière, c’était de la sueur et des reins tirés, du rêve liquide sur toute la peau.
Derrière la vitre, les amis de Falaise les attendaient, ils leurs avaient préparé de la mer et des roulements de galets pour la nuit,
un tréteau face à la digue pour épancher l’écriture.

 
 
                                                                                                                                 Le Large
 
Comme nous dans les parages toute une halte infinissable
     Isolés dans le sauvage               attendant
Dans le vertige         de la vitesse              du temps
Des oiseaux sont blottis sur la plage
Puis réunis en longs cortèges                    sont partis vers le large
Ils vont là-bas vers le sud Atoll                   vers l’ouest pionnier
     Ou vers le Nord erré        ou bien plus loin        devin encore
 
Emigrants volants qui me ramènent mes clichés de printemps d’antan
En emporte les aimées       égrènent les poèmes adolescents
     Dansant sur les grèves               Corps touchants
Dressant sur les falaises                Jusqu’à ce que passent les ans
A l’instant juste où il est encore temps                  d’arriver
Des oiseaux sont blottis sur la plage,       puis réunis en long cortège
sont partis vers le large…
 
C’était la fille aux oiseaux
          Le temps des hauts sentiments       Maintenant est le moment
de vivre en vrai le projet
Emigrants volants qui ramènent les sons des partirs
     Harmonicas d’été            en emportent les mélodies arrêtées
Les trios en échos               les cahiers des mots
          Toute cette philo-perso          cachée
                                               dans les cartons du voyage
Des oiseaux sont blottis sur la plage        puis réunis en long cortège
sont partis vers le large…



Quand il n’y avait plus d’argent, la faim au repas, que tout allait mal, que l’hiver attaquait, le camion en panne, l’inspiration en panne,
les cadrans de destination embués, ou contrairement avec l’envie d’y partir, rester s’y jeter, ils partaient chez leurs amis de Falaise, sur la colline,
rue Offenbach, en haut de la mer. Refuge accélérateur de sens aux particules de l’extraordinaire dans la vie ordinaire.
Un château de bois, genre Irlande, ère coloniale, Nouvelle-Orléans, boisé d’un jardin en pente, cette pente du passé qui sent la fin du 19e siècle, les artistes réfugiés à la mer,
les fermes d’antan, un charme terrassé par l’ère industrielle, la fin d’un monde resté gravé encore ici dans les boucles d’écho des chants des mouettes,
dans la nature qui sait porter longtemps, les temps où l’on savait vivre avec elle. Les rencontres seraient, pour amplifier ce qu’on est déjà, pour de la direction à prendre.
La notion d’aide, d’écoute, d’être avec, d’apporter du recul, du mystère, du sourire.
 
Le cours de la vie programmé par nos parents, nos écoles, nos partenaires proches, nos patrons, nos chefs politiques, notre pays, le pouvoir mondial,
est d’une tristesse même si cela peut faire rire, une non-aventure, poussant à la révolte, ou à la mort sous le masque.
Le cours de la vie programmé par les saisons, les éléments, les amis choisis, C’est se fondre, se baigner dans le tout qui nous mène.
Le travail est de voir d’où vient le sens. Réaligner, le reste évacuer, transpirer. Trier, ranger, se faire une notice de marche à soi.
Tard, ils parlèrent encore des censeurs qui disent :
— « La poésie, c’est pour enjoliver, ou peindre le désastre, se mettre au-dessus. Une sorte de pâte lumineuse qui admet tous les régimes, une béquille pour tout supporter,
un pansement étoilé ».
Ils répondirent en choeur tous les quatre, que le filtre poétique était déjà un acte de rupture, une action de vivre autrement.
Quand  il  ne délirait pas avec ses amis, « D’il » envoyait des centaines de lettres pour continuer le spectacle. Il était le manager de sa création, le vendeur du duo.
"D'Elle" le conduisait.
Le spectacle les prenait à temps complet. L’avant, l’après, l’autour, le dedans. Un envoi de  légèreté d’être  par le maître et la maîtresse des lieux, et le lieu lui-même,
et ils partaient vers la mer,remplirent l’éternel, vers le soir, un petit peu ! avant le repas-spectacle, ou le spectacle est dans l’assiette, le décor est là,
pour mettre en scène les mets, soirée d’exception chaque soir, avec la cuisine de l’amie de Falaises, l’humour pour tailler ce qui dépasse dans l’invivable de l’ordinaire,
démarrage à l’apéritif. Le duo aimait ensuite regarder un film par grand vent, un Duras par exemple, regarder très peu l’écran, mais la danse noire aux baies vitrées,
avant de monter se coucher dans la chambre du haut et de continuer à écouter le dehors et le dedans.
 

         Une nuit claire
un lit avec des draps blancs plissés comme l’écume.
D’un côté, la mer avec sa musique, de l’autre,
un grand miroir, il ouvre les draps.
Les regards se posent comme une caresse sur la glace
corps nus d’eau lumière et ocre        elle se couche entre ses jambes
ses boucles sur son ventre.       Désir dressé entre ses seins, pointe vers le torse dans un va-et-vient,
il s’arrache sous elle. Stop-temps.          Deux corps rose blanc en frottement, longtemps.
Jusqu’aux gouttes plus blanches que peau,           sur la pointe des monts de leurs corps.
Démons de leurs corps,       où se repose alors, le désir encore brûlant humide doucement attendant.
 
         Il ouvre la très vieille radio, celle en bois, il caresse sa main sur le vernis brun.
 
                                                        Il entend :
 
 
 
Aux falaises d’Etretat
 
On entend quand vient le soir, des musiques
Venant d’Angleterre ou d’Amérique
Aux falaises d’Etretat on se tue quand vient la nuit
Par amour on vient       Se jeter aux algues bleues
Les goélands et les chevaliers noirs comme éclaireurs
Les dieux dorment le jour       cachés sous la falaise
Et sortent la nuit        chanter     Les histoires des morts   les suicidés    Les naufragés
qui reposent au fond de mer.

Aux falaises d’Etretat            peu de gens quand vient l’été
Entendent les chants      dans la mer et dans le vent
Les goélands et les chevaliers noirs comme éclaireurs
Les dieux dorment le jour, cachés sous la falaise
Et sortent la nuit, aimer

Aimer les éphèbes et les nymphes aux lumières de lune
 Aux falaises d’Etretat on ressent quand vient le soir
     des parfums subtils        de Sodome et d’Atlantide
Aux falaises d’Etretat
     on peut simplement vivre        se droguer des ciels de Mer
        
 
 
         « La vie est une tragédie ou une farce » se sont-ils dit.
            Ils ont échangé les rôles
            Et les anges ont stoppé leur cinéma.
 
L’orage apporte ce matin ciel clair, lavé des poussières ténébreuses de froidure grise, c’est comme un jour d’été, on sent l’azur,
la promenade est vide, elle revit, lente comme un village de montagne, très loin derrière les collines, les mangeurs de soleil ont recommencé à travailler dans leurs murs ;
mais leur passage reste au pied des falaises, sur les galets gris métal, sur les parapets blancs,  C’est le jour d’après la grande ruée.
Un coup d’Etretat, un coup de montagne, un coup de campagne entre les spectacles et surtout un coup juste à eux deux dans les éléments.
Une partie de la vie s’écoulait ainsi, distribuant dans les autres parties, un grand rôle à l’espoir, au futur, à l’attente et au sensuel.
 

Autre matin, il a ces éveils en brûlures, brûlures alcool des nuits d’ouverture, un orage sur la mer, sur l’impasse enfouie,
des rêves en cordes de guitare et d’autres frottements entre son dos et ses flancs, de la fatigue sur ses yeux.
Elle se lève, s’habille en lui tournant le dos.
C’est une agression, une agression infiniment douce.
Elle le sent sensuel. Alors, elle remue doucement les hanches, au-dessus de son visage,
comme une danse, comme à l’amour, comme à la fusion dans le vaisseau
et ses fesses moulées dans son jean noir le portent à descendre sa main,
au fond du drap chaud, derrière les falaises, dans les notes de feu, des paysages des vitres de halte.
Sa main se trouve dans la vague, dans l’écume du volcan d’écriture, dans la mousse. Les rondeurs se tournent,
le visage lui sourit comme un enfant, elle lui demande : « C’était bon ? ».
 
 
 
 
Revenir et repartir de la terre. Cycle de renaître. Renaissance. Jusqu’à trouver la vie qui est bien la sienne. La bonne naissance.
Grandir enfin tout de soi dans cette direction. Pour chercher, changer ses vies, ses naissances, il y a des courants à traverser.
Des courants qui arrivent souvent faux, passés par les distributeurs du pouvoir, étiquetés.
Toutes les ides, les genres de vies où l’on se trouve sans avoir vraiment choisi, tous les costumes, ont toujours un accroc quelque part avec le temps.
Il ne reste que la voix caresse rauque, la voie maintenant, sonner l’alarme.
C’est un bout de passé compositeur, un assemblage de départ avec ses hésitations, des mots dont tu prends le sens en toi, tout ce qui précède à un voyage
à l’instant rénové, recréé à chaque jour. Une histoire avec le temps écoulé sans chiffres, une histoire à chaque mot, une image dans chaque intervalle,
dans chaque blanc silence. Il faut dire que les gens sont en cercle,
il marche en jouant ses histoires parmi eux, sur l’ombre publics mornes, sur les yeux des filles, celles qui reflètent. Il marche sur les fronts qui saisissent.
Il est des soirs où il est trois, quatre, dix fois amoureux, des mots comme des caresses de bouche, il assemble trois quatre, dix corps inconnus l’un de l’autre,
qui semblent se toucher. Il est des soirs où il les vomit, quand ils sont groupuscules inertes dans la masse inerte, ce qu’il crache dans ses brûlures.
Il est des soirs où il s’enfuit comme une star et d’autres comme le plus suicidaire des débutants.
Il est des soirs où ils ne viennent pas, salle vide et comment viendraient-ils ? Il tourne dans des circuits cachés ! Comme piratant en secret une culture affichée, diffusée.
Il est des soirs où il partirait avec eux, venus en petit nombre, ou solitaire. Il a l’impression d’avoir toujours vécu avec eux.
Il est des soirs où il les souhaite éphémères. Demain la route, chao ! Plus rien d’eux.
Il est des soirs où il les maudit sans raison. Pour le plaisir de l’injure, du combat pour les séduire. Il est des soirs où il reste anéanti, où il aurait besoin de main.
Il est des soirs d’indifférence, il ne vous connaît pas, vous ne le connaissez pas et cela dure deux mille ans. Il est des soirs où tout est simple, vous êtes sa fête,
sans rien dire, rien faire, simplement parce que vous êtes là,
il est des soirs où il est trop génial pour ce qui est en face et d’autres où il est trop mauvais.     Il a toujours vécu pour ce regard.
Il naît de ses yeux. Il est des soirs de rien, alors il fabule dans le coulant des bougies, les médiators qui tombent, les grincements de cordes et de passé,
le mauvais son de salle, tout sec, le rien, mais il est surtout des soirs qui fabriquent, qui construisent, qui préparent.
Il est des soirs où tout est simple, vous êtes la fête sans rien dire, rien faire, simplement parce que vous êtes là.
 
— « Et « elle » ? »
 — « C’est un mystère, on ne parle pas beaucoup du mystère, elle est le silence, elle joue ce silence, elle est la paix
et je ne vous conseille pas d’être là, le jour où elle en sortira…Mais, avait-elle besoin d’en sortir ?
Elle joue lentement des instruments en courbe comme elle, lui s’avance et parle :
— « Je vous avais imaginés : spectacle avec un son clair, fort au ventre, très précis, en position de spirituel et d’attention, nourritures sauvages, des odeurs.
 Je vous avais imaginé des costumes pour cet instant, soirée de gestes dans les grottes du temps à faire, le son sidéral tournant écho reverb flash, images avant, après, au sol,
au plafond, virtuel multi-médias du troisième millénaire, instruments irréels, harmonium des grandes eaux et le pin lyre vibrant neuf cordes dans la nuit du serpent d’étoiles,
harpe à vent, musique des bergers et celle de l’être cybernétique cosmonaute, la musique de toutes nos rencontres, votre musique des yeux, nos accords de silence,
défi sonore à l’immense explosion qui nous entoure, recherche des visages de l’intérieur, la rencontre d’instinct.
 
 
 
 
C’est un jour comme les autres, avec enfin les sentiments perplexes arrachés
A tous ceux de même révolte… même douceur… même futur… ces crachats en haussements d’épaules, ce martèlement… et puis
Ce rythme de fête… ce rythme de vous… Ce strip langage qui fait bander ma souvenance
Ces bergers qui s’en vont
Cette basse fredonnée comme voyageur
Cette chanson qui parle en voix de compagne
Ces touches de pastel violons          Les gestes de chaque jour
Cette étendue où vous m’écoutez         à l’abri de nos machines           à cueillir les sons
Dans l’ombre        là où vous avez tous les visages         les sexes      les interrogations de la nuit
                                                   Et on cherche à vous voir quoi qu’il arrive.
                            

                                                                                                                                                 
Ombres de nuit
  l’on s’est avancés l’un vers l’autre
Ombres de nuit, l’on s’est enlacés l’un à l’autre
Sans même se voir dans une étreinte folle, sans même parler on a dansé
            Mes doigts sur ton cou recueillent un soupir
            Tes ongles déchirent doucement l’hier
 
Ombres de nuits, l’on s’est enivrés l’un de l’autre
Ombres de nuit, l’on est offerts l’un à l’autre
Nus dans les étoiles, couverts d’algues
Au dernier accord, l’on s’est éloignés l’un de l’autre
            L’on s’est jetés de la falaise
 
On se jette dans le temps   paroles           réel
            Défense attaque
Mais au fond, il reste cette ombre
                                  rencontre première de la nuit
 Nous n’avons pu mourir, car nous étions deux ombres
                              Qui viennent encore               Danser sur les rochers





L’ode des mirages
 
Des rivières de symboles
Perlent d’un lointain continent
Messages des visions secrètes
Des images solaires           Au mythe de Narcisse
Endorment des serpents              Sur la pierre philosophale
Dans l’empire de l’inconscient
La glace pleure en déluge     Sur les tables qui tournent
De longues capes blanches      Couvrent des ombres mystiques
Aux instincts roses de chair
Qui caressent des lyres
Sur des pensées de fleur d’or     D’un dernier alchimiste
J’ouvre ma fenêtre
Dans la nuit des nuits
Il fait bon c’est presque l’été
Et je respire l’air
qui me vient de l’autre côté des nuages
Respire
RESPIRE.

 
 
 
 
                                                                                                   
          En ma nuit de scène aux ombres sans visages
     entre les blessures d’esprit               les révoltes des révoltes
          un regard m’est venu           d’une lumière tendre, j’ai chanté pour cet éclat
d’une douceur étrange ; fait naître près d’elle mes mots       au long noir de ses cheveux
     oublier la connaissance, juste son germe         Quand le spectacle finit, elle vint s’asseoir près de moi
     avec toujours ce regard                    beauté de visage        silence
              gestes de petite fille          le vin coulait sur mes mots
Je parlais sans m’entendre aux curieux de passage
     je caressais ses cheveux, c’était l’aube lointaine           une fête des visages
     On a marché dans le jour           sa main fine entre mes doigts
On s’est retrouvés tous deux écoutant les nuages         éclatement des verdures
          plaine mâtine            regard et ses cheveux
On a dit quelques paroles, mais surtout des silences
     nus près de l’eau       désir sur son ventre
          je léchais ses seins de femme     lèvres sur sa peau d’enfant      lèvres à sa toison mouillée
J’ai bu sa rivière rose    et joui de son murmure       Le froid des hautes herbes à reposé son Jean
sur sa démarche de reine    On a marché longuement en se regardant les  yeux
Senteur de sa toison à ma langue   à mes lèvres
En ma nuit de scènes aux ombres sans visages    entre les blessures d’esprit
     les révoltes des révoltes.





Un mutant dort
          avec deux jeunes filles     tandis que d’autres nues et lascives
     s’embrassent près de la fontaine
Pour lui il a prédit la fin d’un monde pour ce matin
     puis, il a fait l’amour     dans son soleil blanc      invisible aux hommes
Je l’ai vu
Moi, je suis morte depuis longtemps    je suis une rose aujourd’hui
une autre jeune fille aux cheveux blonds bouclés       est venue me cueillir
elle m’a regardée         avec ses grands cernes d’amour
puis elle m’a donné à une longue dame brune
     et je m’ouvre sur son sein       tandis qu’un de mes pétales glisse au bas de ses reins
où plus tard, la jeune fille aux cheveux blonds bouclés
s’endort heureuse, dans la toison     de la longue dame brune, dans sa jouissance
quand elles se réveilleront, je serais morte
je renaîtrai en poète             le désir brûlant et levé
     au service
de  la longue dame brune
          et la petite fille aux cheveux blonds bouclés

 
 
 
 
 Eteint le miroir à écho
                         La réverbération de vallée
     c’est le son d’un lit          Grand comme une maison
Avec ce désir de partage d’Amour
 
AUX SEINS SAUVAGES D’UNE INDIENNE
 
Aux cheveux bouclés d’un poète
Au regard amour d’une enfant nue
Aux cernes couleur d’une vierge folle
Aux dents caresse à mon désir
Au cou royal d’une métisse
Aux seins sauvages d’une indienne     Aux hanches larges de biche
          Aux dos qui mènent à Sodome           Aux toisons frisées des fauves
Aux lèvres humides des nymphes
              On s’embrasse
              On se donne
              Et on viole
          Le chemin qui mène          A NOS JOUISSANCES

 
 
 
Retour      D’une longue équipée innocence passionnelle      le temps d’une après tournée
            Il est des heures où l’on ne rêve plus    et puis voilà la vie des autres     qui court dans le hurlant
et même…                Sorti de ton illusion          écrasé                       et tu sais par quoi      tout ce qui n’est pas ton monde
Choisir…   ta pastorale               y vivre     ou le hurlant celui des villes      si c’est ce fourmillement bleu, au-dessus de la nuit
Choisir encore…   la vie des autres     mais en parallèle rouge      à taper les mots     où l’hébergement attente de l’enfin prêt     ou larguer tout ce reste
            Tares vieillies         innombrables      n’en finissant plus de mourir       et venir au seuilde             la Longue Naissance
 ET VOUS…?

Ils finissaient toujours le spectacle par « Et vous ? »
Il y avait un grand silence, de messe ou de rituel inconnu et puis la rencontre commençait, en rangeant le matos d’abord, les paquets de fils, le décor,
en  portant les amplis, les valises, tout, jusqu’au camion.
- « Comment ça marche, ça coûte combien, combien d’heures pour préparer cela ? »
n’étaient pas les meilleures questions pour rencontrer des êtres d’une autre voie, ou des proches, mais c’était direct. Etant artiste, et road manager, porteur,
chauffeur, tous les emplois,  ils  rencontraient vraiment pour le meilleur à peine imaginable, et pour le pire, imaginer les critiques des mondes !
de ne pas être dans la critique des Mondes…C’était un temps particulier. Unique ! Parfois rien à dire. Vous y êtes d’ailleurs, vous venez de lire le spectacle,
je vous l’ai rapporté intégral. Ajouter les sons, les images. Prenez-les dans vos émois et dans le futur que vous attendez, ou si vous n’attendez rien,
prenez-les dans un rêve, un réveil où vous ne savez plus pendant une seconde, qui vous êtes, et où vous êtes…
Le cycle des rencontres se mettait en marche là, une vraie chaîne pouvant se défaire, se refaire, tant qu’il y a un flux d’énergie pour  l’alimenter.
Ce fut d’abord pour dormir, ou pour manger, des animateurs ou des éducateurs, tous ces métiers socio-culturels qui utilisent de l’artiste,
pour des animations à St Quentin, dans l’Aine, ils vont même vivre avec eux, avoir leur chambre en cadeau au cas où la tôle du camion venait à geler,
ou plus souvent par sympathie pour le chaud du soir de fête improvisée, ou la plongée dans une politique personnelle.

L’histoire « D’il » et « D’elle » est bien intemporelle, elle pourrait se passer aujourd’hui, à la fin du siècle dernier, ou en 2020, seulement les mots que j’emploierais,
moi le conteur, changeraient. Ça c’était sur toute la France, même des villages, 200 spectacles sur une année, un jour sur deux ou trois, comme un cirque
dont le chapiteau est en mots avec aussi des grands arrêts troublants, mais tout le même poème.
A Clermont-Ferrand, ils rencontrèrent toujours en rangeant le matériel, un cinéaste, Daval, qui faisait des courts-métrages, il leur proposa de faire des musiques.
Pour faire ces musiques, il fallait un lieu. Il leur trouva une petite maison dans le jardin d’une grande, à Parmain. Martine Parmain et Descombey. Une danseuse étoile
et un chorégraphe, cela donna un texte et une musique de ballet, en même temps ils enregistrent le texte du spectacle, avec cette bande ils rencontrent Pierre Barouh.
Le jour où « Un homme et une femme » devint un succès pour plusieurs décennies, Pierre, homme d’autant de force que de douceur, au lieu de vivre une vie-star,
décida de mettre son argent au service des créations des autres, des coups de coeur qui viendraient, sortir des disques de coup de coeur, même s’ils sont hors
des critères de vente.tout se décidait au flipper du bar d’en face de la boutique Saravah. Jacques Higelin dans une ère acoustique, faisait avec quelques petites cordes,
la muraille de sons des concerts fin de siècle, si on savait l’écouter. David Mc Neil, perleur de mots, avant de faire les chansons de Montand, amenait son monde au bar,
dans des histoires de suspens de familles avec Donovan, Dylan ou Jagger. Selon le jour, l’intensité du variateur des contes.
Areski et Fontaine avec leurs voix et rien d’autre faisaient des paysages de terre vide, où tout resterait à construire en jeux d’improvisations.
Brigitte Fontaine se préparait à être le modèle des filles qui changent le siècle.

Mahjung en famille, les emmenait dans une maison à composition musicale, le plancher, les chaises, tout le Menagé, dans le temps d’un temps fort qui s’alimenterait en tournée.
Steve Lacy toutes les cultures du monde dans un saxophone. Yves Simon n’était pas loin, livres et chansons le bon mélange talentueux séducteur témoin.
« D’îles » rencontre Martin et Pierre, ils jouent tous les bongos d’Afrique sur sa peau. Il transforme tout ce qu’il tape en tambours du début des langages des tribus.
Larry Martin rocker, arc-bouté sur la guitare-clash-visionnaire. Dans tout ce tumulte de cinéma clipé, ou chaque image joue un rôle, Pierre Barouh lui dit :
— « Enregistre comme cela, dans ta cachette, crée ton studio d’enregistrement, fais-le avec du temps, et tes trucages, mon studio, ni aucun te donneront cela, je sors le disque ».
Alors « il » ajouta un ami d’une ancienne vie, pour faire tout ce qui serait soufflé, Claude Braud arrive avec des saxs, flûtes, clarinette, un don ad libitum, tout le restant
des bandes à l’envers, des frottements de cordes. Quand tout fut vécu tumultueux, pour se découvrir, genre analyse sauvage en direct, il écrivit à la main sur la pochette :
 
 

« Tout a commencé par un refuge dans la vigne vierge. Presqu’une forêt de récoltes et de murmures qui sent la terre et les soirs de spectacles entre deux veillées,
la route, vie en transit et la vision hors temps de nomades. Des saisons, des sons en dentelles artisanes d’instant, dans les provinces, les déserts de béton,
et même en campagne d’avant. Et cette rencontre à Abbesses, quand Paris est sur la place et dans les ruelles. Rencontre chaude, loin « d’affaires métiers commerce »,
ces mots parfois étrangers à la jouissance de faire, rencontre SARAVAH éparpillée : des filles de la boutique du zinc du bar d’en face. Jusqu’aux mots de Pierre Barouh
en graines de disque. Et je repars sachant qu’ils sont là.       C’est l’été.    Les feuillages courent sur les rideaux, à l’abri du hangar, avec la paille, le bois rongé,
et cet appel derrière les arbustes ».Impressions de passé, d’habitudes tournent malgré l’épaisseur de vert.Je fouille dans les artères,les cercles.
Un ballet avec des magnétos, les boutons, les masses sonores deviennent des instruments fébriles, des paysages magnétiques.Chorégraphe, provocateur, volcans.
Ne plus penser qu’à ce voyage éclaté, à cet orage dans la tête et voir autour le monde dans le même tremblement chacun a son rêve ensemble. Tous
la nuit de la rosée des cernes avec des fibres sensorielles, des mots lavés tout simples.
La terre au doigt entre un public et un hangar Musique solitaire sans studios ni millions en verdures, avec les formes artisanales comme l’esquisse
une partie du voyage, deux Revox, quelques micros, tout ce bois rentré au sec pour la cheminée de la chambre et ces orgasmes du coin du feu entre les mixages de voix
et de souffle flûté des amants de la tendresse .  Et pour la révolte et pour l’amour « D’ailes » sans sexe ou sexe plein  mes yeux« elle » compose et joue autour et en dedans
tout le long du conte  et bientôt l’errance   en compagnon de : « Je ne sais pas demain »  c’est fini ; on part à Abbesses avec l’enregistrement
l’automne est incertain    C’est la nuit    Dominique, Plume et Nathalie sont à la boutique   Pierre au studio              Rencontre Saravah
                                                                   Il y a des soirs où c’est le bonheur sous la crinière des enfants vieillis.


   



©copyright / Voyailleurs /  claude Yvans  2010  /     
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