Baroudeur 2




Un grand cercle,au sol, avec un chemin qui tourne à l’intérieur, marqué avec des pierres, au centre il y a un point d’arrêt dirigé vers le soleil,
une entrée et le parcours jusqu’à ce point. à utiliser de multiples formes. rentrer avec une question et  demander une réponse au point central ou au retour.
rentrer avec une pensée, objectif de la développer, programmer que le temps du milieu soit un temps pour cela.

Le soleil, la marche l’attente jouent avec ce jeu, une roue chamanique, un terrain d’évolution. pieds nus,avec l’idée de ritualiser un parcours.

         J’ai fait du caisson d’isolation sensorielle guidé par Joël Niemann, écoute thérapeute et grosse gaudriole font un mélange décapant qui agresse des deux côtés
et qui peut faire passer de l’ancien monde au nouveau sans perdre tous ses amis d’un seul coup.

         John Lilly était passé peu de temps avant. Il y avait son livre Les simulacres de Dieu  édité par le groupe,
des caissons splendides qui ressemblaient à des vaisseaux Solos.
C’est l’Octobre rouge, juste avant la nuit, le froid pour se déshabiller,
la vision des tilleuls qui brassent les ombres. L’eau à la même température que le corps. Je sens le sel, inquiétude marine, une page de Jules Verne avec un dessin
dans un livre,un trois mâts dans la maison d’enfance.
Joël est maintenant de l’autre côté, le caisson est refermé. Il m’a donné quelques directives pour m’allonger,
respirer, savoir qu’il reste là.
Matelas d’eau, drap invisible de touchers liquides, ventre marin, gonfle l’eau. Tout petit bruit sur mon lit, silence plein loin dehors,
sommeil sans sommeil, comme ce que je connais par coeur, au début cela brasse côté coeur.
Je me mets à respirer très bas jusqu’au sexe, et partant de lui, au centre,
au sang, une vague calme, première fois à ma mémoire d’être bien dans l’eau, sur de l’eau.
Première fois que j’entre dans le monde des croyances.
Avant un très long noir qui se vide du clip sans fin qui zappe.
Je vois certaines heures de ma vie comme une croyance modulable, interchangeable.
Etonnement du système des croyances. Sur le moment je vis des compréhensions, c’est clair et révélant, puis le noir plein et très sensuel revient, dure sans durée,
le fond sans notion.
Joël tape doucement sur le caisson. Sortie dehors. Ce n’est pas formulable et moi-même ce n’est plus clair comme à l’intérieur. Il me dit 1h30,
je n’ai rien vu. J’ai ouvert une petite conscience sur les croyances,quelques années plus tard je retravaillerai avec des outils spécifiques au monde des croyances,
la porte sera entrebâillée et j’irai m’engouffrer à fond, sans peur de l’exploration.

         Les autres visites de caisson étaient du noir sensuel ou un degré très proche des hallucinogènes. Ce jour-là il y avait la rencontre avec le vaisseau d’eau
et comprendre que l’ont peut avoir des compréhensions très passagères.

         Je me suis fait ensuite dans toutes sortes de lieux, du caisson sans caisson, du caisson imaginaire. Le caisson n’est pas un tombeau pour les vivants ou un lit d’eau,
c’est un concept utilisable n’importe où sans eau, sans matelas, sans rien, puisque c’est du rien dont il s’agit.
   Du rien du Tout…
 
         La gratuité des stages dont j’ai bénéficié devrait l’être pour tous. J’allais voir le reabirth, technique de respiration. Aller chercher corporellement,
les marques d’un arrêt ou d’un programme gravé au fer rouge d’une seconde cruelle.
Le stage était avec le créateur Léonard Orr. Les stagiaires étaient tous réabirtheurs.
Il y avait une énergie incroyable, de surpassement et de calme à la fois.  La démarche idéale est de choisir un outil et vraiment voyager avec, pour le résultat.

Le soir du stage il y avait une telle ambiance belle et prenante que Joël appelle Bod Aubray pour faire une marche sur le feu improvisé.
C’est un Californien, prof d’aïkido, consultant en entreprise, sur la maîtrise et la voie de l’action.
Un stage de marche sur le feu dure deux jours. Il regarde le groupe et dit  — « Défi je vous forme en trente minutes ».
Il a juste gonflé le côté guerrier pacifique de l’assistance et développé en fait : « ceux qui refuseront de le faire seront aussi « héroïque » que ceux qui choisissent
de marcher, il y a un moment pour tout, ».
Ce côté rien à prouver à l’autre est magistral. Deux où trois personnes n’ont pas fait la marche.
Tous les autres ont marché dans une braise avec des flammèches dedans sur une longueur de vingt mètres. Il n’y a eu aucune brûlure.

Danou n’a pas écouté la demi-heure de Bob Aubrey, est passée trois fois dans le circuit brûlant en ne faisant pas le cri, ni aucun conseil,c'est là son mystère en tous points.
Il y avait de l’initiation dans l’air, respirer suffisait. Un air sans douleur après ces deux jours avec Léonard Orr. Comme le but de la douleur est de révéler,
la pensée négative, il n’y eut aucune douleur dans cet air-là.
C’était une marche de guerrier pacifique.
Quelques mois après, quand il y eut une autre marche, avec un autre,gourou , dans un esprit « Om » « viens vers moi mon fils de l’autre côté des flammes »,
avec signature : dégagement de responsabilité, et nous, nous avions interdiction de le faire avec ses clients. Là il y eut des brûlés,des insatisfaits, douteurs et des journalistes.

Si il y a une chose qui n’est pas médiatisable c’est bien le travail sur soi et l’expansion de la conscience.
Tous ces jeux, ces expériences de soi doivent avoir une préparation avant la préparation, une croyance à l’importance du moment…
Tous les curieux, les vendeurs, les rapporteurs sont à écarter. Le rituel reste le rituel. Nous nous sommes senti fort une petite semaine et le domptage de la chaleur
m’a montré que j’avais le froid à travailler et ce serait beaucoup plus dur.

         Au temps d’écriture, tous les soirs quand la nuit tombe, au ruisseau glacé jusqu’au torse demandant à l’eau, le nettoyage, la guérison, le courage.
Le sweet-loge indien dans une tente chauffée aux pierres chaudes, cette solitude même en groupe, avec la nudité et la sueur, donne aussi un dégagement, primitif oublié.

         La dernière aventure c’est bien la connaissance de soi, la compréhension intérieure, qui après rejaillit sur les autres.
Le voyage sans billet et avion, quel que soit sa croyance. Un long voyage ou ces techniques de développement ou ces haltes spirituelles sont,
souvent seulement des étapes, des portes, des passages.
Ce que j’aime ! c’est que c’est une aventure de quotidienne science-fiction, qu’elle est quelque part indescriptible,
les curieux ne verront jamais, à moins qu’eux-mêmes, démarre pour eux… c’est irrécupérable… définitivement mystérieux, à la racine du magique.

         Il y a un point du voyage où il n’y a plus rien à acheter ou à vendre, plus de meneurs, plus de guides. C’est en dehors de tout ce qui tient cette société.
         C’est à la graine du monde. découvrir des techniques inconnues, dont on ne fait pas commerce.

         Juanita Gamarra, qui allait devenir notre androïde danseuse, pratiquait depuis enfant, la « Gymnasia », elle venait  des Incas dont elle a le visage, et les racines.
Elle a appris, avec la re-créatrice de ce système corporel et philosophique, qui est pratiqué dans certains pays, très peu en Europe, mélange de yoga, de plastique grecque,
et de danse, à se centrer mobile autour d’un point, dans le mouvement rapide, aller chercher ce centre.

Des massages, de la peinture, du jeu théâtral, pas d’écrit, tout oral, un kit total à accrocher à sa ceinture de route, à recréer pour soi.

       
       
Dans la zone d’espoir de chacun en la prairie de la mer, il fabrique des arches pour créer demain.

         Il sourit entièrement de partout et son monde entièrement de partout, changea.

         En haut de la tour, homme de demain dessine sur ses cadrans, de par lui-même, de par sa vie un pont entre pays.

         Au sortir chaud d’une cascade glacée, la claire lumière d’un guerrier pacifique.

         Le tumulte ordinaire et l’éclatement du monde s’arrêta à la première bouchée de ces menus de la terre.
         Dans le cerveau du jardinier, il y a le légume, la fleur, le fruit, le soleil, le savant cycle, le faire,
la graine du départ, le cosmos de la fin, le calendrier de lune de l’eau de l’air : c’est un jardin.

 
         Il ôta ses habits de combat et ses programmes à l’entrée du tunnel de verdure, s’assit dans la tribu et mangea les graines de la force.
 
 
 
Le grand artificier a provoqué un feu énorme toute la nuit. Dans le ciel c’est un éclair qui traverse toute la fenêtre, un flash gris plusieurs fois par minutes,
au sommeil de chair le mât dressé, un besoin de s’accrocher à lui pour que les voiles des draps continuent à faire avancer l’équipage.
Plus qu’un radeau de désirs et de liquide précieux sous la pluie qui percussionne la sueur et les bouches, du trop-plein de chaleurs.

Bouton rouge, coccinelle courant sur la feuille, images gamines, elles se sont trouvées et aimées à l’emporte-amitié. Je tenais la barre échouer au ventre  Morphée,
s’endormir oublier.
— « Je peux toucher ? ». Ils étaient énormes, deux gros rêves dans une soie bleue brillante pour passer à l’Eros.
Aimer, vouloir l’écrire comme Miller, comme Field cru et hard, précis et clair, mais il n’est ainsi qu’à certains moments du vivant où je ne suis plus en reportage.
A d’autres et dans ce qui reste de notes, de souvenirs de présences, c’est un lieu codé extasant… palette avec des couleurs de sens rattachée à des mots bariolés, orageux.
Le tout est un médicament pour fatigue et maux de la route, une prescription  qui marie les cellules, transporte les énergies, dégage le grand canal.

Une jouvence de la baie des anges, corps hâlés, huilés pour aller, attendre de jour comme de nuit, l’ébat.

 
 
Dans les soupentes du château, au plus haut, une chambre entre les gravats, et la retraite immaculée, dans la prière et avec l’orage du début.
La femme du début, celle de toute la vie, la préférée, qui ne connait pas le mot Jalouse, la muse de toute la Traversée,
retournée des questions de perfections et d’existences, conductrice, debout puis lévitant au-dessus,
son liquide jaune de l’or chaud coulant sur mon torse, couché sur le sol, recevoir l’image et l’ondée en gros plan d’objectif,
beauté des ouvertures humaines, volcans et sorties, roses et magmas de contemplatif.

 
 

Chambrée autre, peau d’indienne et conquistador au rivage de cette peau, haute vigie des montagnes pour voir le laisser vivre, couchés sur la terre de feu,
tout un hiver glacé nichés sous les couvertures. Les corps seuls chauffage d’un changement de continent. Elle emmène au naturel, elle tourne les R, rassure,
renvoie aux explorateurs, elle décide, elle prend mon rythme, elle attend la nuit, elle attend la fin de la création, elle encourage, elle tonnerre,
elle comprend ma flamme de partout, elle rit, elle passe l’amant à l’ami.

 
 
        

Flots de parfums et d’interdits car une Sapho un peu perdue d’inconnu masculin, dessine des ciels à découvert.

Peinture à la fenêtre de papier, des mots de Baudelaire, le tout adressé. Envoi aux sorciers indiens, à l’homme qui bondit sur les braises,
des hiéroglyphes à la plume très fine érotiques de sa main.
Auto-portrait en belle zombie maquillée transe trasch-tachée de détails et de signes
de double mutante, laissons faire le temps.
  S’échangent des rouleaux de doux écrits, des cris roulés dans les feuilles à son vent, des cris pas plus forts qu’enfant.
« Eclairage nouveau au travers du gris d’un ciel dur ». Voix d’été mêlées des messages de jeux d’anges au moindre de ces sourires.

Serrement de bras, jambes touchantes sous la table, mains dans la relax.
Sur l’oreille, sur le cou, sur la bouche, sur les seins, souffle de doigt à peine.
 
 
 
 
Son de voix qui sent la fougère, le bas-côté de la route, la mousse, la clairière.
Des yeux qui envoient : brassées, remontants, pétards, éclateries de la fête.
Crinière de pouliche royale, démarche haut perchée sur l’écume.
Au bout de la mer dans le rade sensible du bout du monde,
accrochée au zinc, en femme de mon vide.
  Suis en rade de tout, de mots et d’éclats.  Rire qui remue le mal et le mâle.
Demoiselle du plus haut, l’heure capitale en la nuit farouche ou les frères et soeurs de coeurs se touchent.

L’heure brûlante, l’heure d’eau, l’heure d’urgence. Epuisé de déménager les armoires d’histoires de château blessé.
Porter tous les lits du domaine
   de ces résidents oubliés   leurs fantômes de « Je t’aime »
A défendre les derniers bastions.    La réserve de la tribu     Nus sous le drapeau du fort attaqué    être un chanteur à bouche fermée
                                                                   valet de sa garde   écrivain à son service.
 
 
 
 
Quant tout fut fini, qu’il n’y eut plus de domaine, seulement une tente perdue dans la forêt.
     Passer, panser, pensées à ses boucles
et au son de sa gorge         A l’échelle de l’enfance       montant chez elle derrière        Sa danse de la nuit couchée
         Tournis du désir, coller, chevaucher        Prier à sa croupe      Allumer au creux à la frontière         Répéter en boucles et refaire.
 

 
                                                          Coups de Guerre et Paix !
J’ai toujours senti la paix comme quelque chose de douteux : j’avais vu Guerre et paix  en étant enfant, Mel Ferrer, les couleurs de l’histoire,
le mot paix me semblait trop près du mot guerre.  Mais comment appeler ce calme bâtisseur, sans armes, ce goût de vie libre ?

Comment ce mot « paix » ne peut-il pas déclencher la guerre un jour ou le souvenir d’une guerre ?
Est-ce que ce mot peut vraiment passer à autre chose que les combats dix mille fois millénaires ?   l’un prépare l’autre ?
Les inverses  trop proches, — "D’accord ! ce sont des pensées au chaud, au sortir de la musique, deux heures de jardin, un petit trempage au ruisseau,
des aliments naturels cueillis il y a dix minutes, on va se regarder un film, et demain encore créer…
"
C’est très facile à parler de « paix », ainsi quand on n’est pas sous la cible des snippers.
Pourtant pendant presque dix ans je vais rester collé à ce mot : un projet en amène un autre :
Tout avait commencé dans le bureau de Roland Chevriot dans le château.
Il était partie prenante, de tout ce qui était évolution, écologie, changement, tout ce qui bougeait  transformation.
— « La paix chacun en rêve et tout le monde aimerait vivre dans un pays où elle existerait de fait, à condition que ce soit les autres qui en aient été les artisans.
Rares sont ceux qui considèrent que la paix commence par un travail sur eux-mêmes, qu’elle résulte d’une manière différente de regarder les événements,
de penser, de vivre et d’agir. 
Or la paix intérieure est probablement la condition essentielle pour accéder à la paix internationale… C’est ma conviction.
Il y a une flamme de la paix qui traverse la terre, portée par des coureurs. Je suis dans le groupe d’accueil français. Il y a des pays où c’est très développé,
médiatisé, ici pas du tout.
Tu pourrais faire un spectacle dans le parc pour l’accueillir en Essonne ?
Cela s’appelle la première course autour de la terre, vois si cela peut entrer dans ton possible. »
         Bon sujet et bonne occasion pour bouger les résidents. Passés du château, loin dans l’histoire, ouvrir les fenêtres, à toutes sortes d’époques,
un mélange temporel, pour amener à un mélange de pays, de races :

         Des peaux-rouges à cheval courant dans le parc, s’il y a des êtres qui en savent long sur le sujet, c’est bien eux.
         Des enfants sur les toits avec leurs mots, eux sont les meilleurs provocateurs, analystes, dessinateurs sur le thème.
         Le côté-futur des navigateurs pour se donner le droit de mélanger les siècles.
         Les femmes du domaine recevant les spectateurs avec un mot sur une feuille pliée.
         Une part cérémonial avec l’arrivée des coureurs, la flamme passant dans la foule, c’était l’image olympique, s’était rajoutée l’accaparation personnelle,
s’approprier : un spectateur prenait la flamme, la passait à son voisin.
Les acteurs étaient très proches du public, leurs pensées, leurs dialogues passaient dans le sonore,
mixés par les navigateurs musicaux sur le grand balcon de l’étage, entourés d’androïdes, rejoints par les résidents du passé.

Ce qui est dérisoire en salle, vraiment trop, prend en plein air, avec un décor naturel de plusieurs kilomètres, une apparence de tableau vivant,
et une réalité de courant qui passe.
Le spectacle pas répété, était jeté dans un bain de nature et il sortait unique, injouable une deuxième fois.
Des avions passaient à un moment précis sur un mot. Je devais le placer à leur arrivée dans le ciel du décor quand c’était juste de petits points,
le temps de le dire ils étaient au-dessus.
Un mot, une phrase orchestrée avec des aviateurs, ce qui était excitant, c’était pas de le faire, c’était de le préparer.
Se le jouer dans la tête, au téléphone pendant des heures, des jours, aller les voir, les motiver pour quelque chose comme vingt secondes, dans le bleu d’un dimanche,
en passant… sans trop savoir.

 
Pour des fêtes autrement, il est possible d’augmenter et de faire partager des petits rituels anciens de la vie.
Monika la maitresse des lieux, à Pâques, avait agrandi l’histoire des oeufs dans le domaine pour les enfants, un rite familial remontant sûrement plus loin
que la croyance allant avec.
Le jardin c’était tout le parc, les enfants c’était tous ceux qui veulent bien l’être, une matinée ; les oeufs étaient des paquets, des mots,
des codes, des dessins, des prévisions, des messages cachés sur les cent hectares du parc.
Il y avait un parcours, c’était très tôt, une brume de rêve pas éveillé,
une odeur de froid, la nature derrière qui monte, un brouillard sur le lac, les pieds qui s’enfoncent, une procession ou un départ de randonneurs,
un dos juste devant aux formes attendues, du désir partout dans l’engourdissement à se lever si tôt, des sensations piquantes sur les lèvres, des cris d’oiseaux.

         — « Marcher ça décape le sommet de la tête ».  Se laisser dépasser pour rester tout seul.      — « Mais, je devrais être là tous les matins ».
Accentuer le pas pour les rejoindre, voir plein d’herbes inconnues, d’arbres accueillants, imaginer des cachettes partout.
         — « Les avoir le jour où j’en aurai besoin ».
Des éclats de voix à trouver ou à rien trouver, du rire, du point sur le passé qui remonte en jets, en longue marche de sentier, de sentir, de sens à revenir
s’étendre quand il fera chaud, à repasser exactement sur ce chemin, avec une autre saison, une autre personne, en faire de l’art.

         — « C’en est ! C’est pas la peine ! »
         En clôture, un petit déjeuner à partager, la chasse aux trésors, annoncer, échanger les messages, divulguer du caché.des cérémonies primaires transformées,
partagées en grand avec beaucoup de monde sur la carte de l’idée.

 
        
Sous l’impulsion de Roland, je transforme le spectacle, larguant l’histoire du cosmos, pour jouer de la fraternité.

Nous lançons une campagne « Les enfants de France dessinent la paix », dessins, mots, sculpture, actions.
Avec très peu de supports d’informations, nous allons récolter 7000 dessins. Après des tris successifs, tenant compte du graphisme et du contenu,
nous en faisons des diapos.
Comment les instits ou animateurs ont vraiment présenté le projet ? Là encore le mot « paix » faisait dessiner surtout la guerre :
80%, voire bien plus.
En partant des maternelles où ils ont une vision souvent mystique du mot, plus ils grandissent plus ils durcissent l’expression, jusqu’à l’inverse,
la guérilla la plus sanglante, les plaies, l’atome, les fusils, les tanks, les corps déchiquetés, alors que la demande était dessiner la paix,
des propositions de mondes pacifiques !
Dans le tas, il y a des poètes, des inventions, des mondes nouveaux, des gestes de partage raciaux,
des versions personnelles zen bourrées de conscience. Ce sont des exceptions, elles existent en réponse à l’ensemble.

         Nous faisons une maquette du spectacle audiovisuelle de quelques minutes.
Le tout pousse, à un contact avec la Croix Rouge. Chantal Ruiz Barthélémy dirigeait le service jeunesse, elle était très en marge du traditionnel de la  maison.
Elle impose le spectacle.
Elle emporte le premier étage de la Tour Eiffel, et des patronages comme la Mairie de Paris.
         Un immense vaisseau devait s’engouffrer entre le premier et le deuxième étage, entourant la Nef-Musiq, une arrivée Hors-terrestre voyante de tout Paris.
Il y a des risques de bombes sur la capitale, la sécurité interdit le décor.
Je voulais annuler, attendre. Nous sommes trois partenaires sur le projet :
je suis le seul avec cette idée de reporter, d’avoir absolument le décor et du temps, pour faire un show classe et irréprochable, un fin rouage,
faire une vraie préparation médiatique.
Je n’arrive pas à convaincre, nous jouons comme prévu, encore une fois dans un quasi silence.
Par contre c’est plein d’écoles, succès avec les enfants, motivation : finalement c’était le but du projet.
J’imagine qu’avoir 7 ans, monter sur la Tour Eiffel, entrer dans un lieu noir, se retrouver comme dans de la science-fiction, mais dirigés par des instruments
que l’on peut toucher, et finalement voir aussi des dessins, les siens, un mélange entre BD et messages devait bien être différent… de la classe.

         Il y a une aventure Tour Eiffel, ce n’est plus Paris dès que le personnel nous a acceptés. Drôle de bateau métallique, tout hors du monde,
et à la fois plein de monde, mais ce ne sont que des touristes.
Pour le grand équipage de métal, il y a une tour à eux, la tour et son univers, n’est vraiment visible
qu’en étant en permanence dessus, le matin, avant la montée des ascenseurs au public, le soir après.
Paris est comme une mer de bruits, de précipitations,
une pulsion lointaine. La tour c’est un surplomb d’humanité, l’arrêt pour voir d’au-dessus, monter en corps et encore, toucher à l’air, se sécuriser dans le vide
ou chercher dans son vertige, même la foule arrivant perturbe  peu ce monde de la montagne de fer, personnel à ces habitants, ces travailleurs quotidiens.


Juanita est depuis quelques mois la troisième androïde, le personnage est devenu très yogi, avec un langage en gestes de statues.
Une grande partie des permanents du château sont dans l’équipage technique qui est dans la salle, en combinaisons de navigants-régisseurs. Ils se relaient.
La technique est visible, elle fait partie du spectacle.
Bernard, grand blond breton devient le quatrième navigateur primordial, sur la tour.
Il a construit et manie une table de lumière, primaire et délicate.
A côté de la machinerie des images programmées, le doigté en direct, jamais pareil pour colorer
le voyage accroche et sa grandeur, blondeur et sa présence d’un flegme détaché, regardant au-dessus, très Tour Eiffel humain, attire les enfants qui tournent la tête,
sans arrêt entre lui et le moindre de ses gestes et les navigateurs qu’il éclaire dans les images, parlant et jouant l’histoire.

Il y a un programme court, uniquement visuel que nous jouons pour les visiteurs de la Tour en version anglaise, dite par une Schakti délirante,
en transfuge entre l’Australie et Paris. Elle speed tout l’équipage et produit une électricité non dosable dans les pensées et les attentes des Lyds.

— « En plus on se prend des bourres en touchant les parties métalliques des instruments ».
        Nous sommes vites métallisés sur la tour. Nous recevons les polices, les radios, des signaux directement sur le micro.
Les contrôleurs-programmateurs agissent sur la Tour Eiffel quand ils veulent hors du texte. Ce n’est plus dans le scénario, c’est du vrai.
J’improvise une réponse aux attaques par les ondes.
Il y a un passage sur Sadako, petite fille d’Hiroshima. Plus tard Miho en fera un film dessin animé japonais.
Miho Shimma et Michel Cibot ont créé l’institut Hiroshima-Nagaski. Le but : ne pas oublier cette première bombe atomique et ce premier acte de fin du monde
réalisé par des humains contre des humains.

         Sadako avait douze ans, elle était malade, elle faisait des pliages, des grues-oiseaux, une légende disait d’en plier mille pour être guérie, mais c’était la leucémie
et la suite de la bombe. Elle meurt, ses amis lancent une campagne mondiale pour construire en monument, un grand oiseau, et des millions de petits en pliages,
arrivent de la terre entière, au pied du monument. Miho popularisera cette histoire en Europe : sur la Nef, elle a posé sa voix,
racontant avec celle de sa fille en japonais, les navigateurs reprenant ensuite un folklore du « Soleil Levant »
Miho est l’exemple d’une action claire, sur un sujet délimité, étiqueté pour agir, informer, faire penser, action toujours menée dans la même direction et finissant par toucher la cible.
 
Les mots d’enfants les plus étonnants ou significatifs de l’ensemble récupérés sur les dessins étaient joués, enregistrés par une troupe « Les montres petits »,
maximum 12 ans, dirigée par Richard Abécéra un vocaliste contemporain, travailleur de voix qui en jouait et savait en faire jouer.

Une troupe venue de la rue, sortie d’un ciné vérité en pochette surprise et crises familiales autour, un petit Gabin et une petite Signoret, violents et charmeurs à s’y croire.
Le talent n’a pas d’âge.
Très tôt les tréteaux de l’acteur qui rajoute rien en trop,
         Acteur, goût du libre, du vécu plein, l’insolence, aucune peur du qu’en dira-t-on , cracher son réel, jouer ce que l’on est, une résultante unique.
       
            — « Alors l’oiseau vaisseau s’est posé, offrir un aujourd’hui où chaque seconde scintille l’amour multiple ».
            — « Tribu du 3e millénaire autour de la terre
            Les feux sont en nous       Les jeux sont en nous       Les dieux sont en nous.
            L’amour est dans l’heure, le ciel dans le corps, la force dans le coeur, le coeur est de l’or ».

Mets la flamme                                                                                            
 Mets la flamme de la paix dans ton coeur
Les mots musiqs images pour continuer la flamme
Mets le feu à ta mémoire / tu prends les mots musiqs images
          Pour continuer ta voie
Mets le jeu à ta mémoire / tu peux les mots musiqs images
            Pour continuer l’ouvrage
Mets le feu à ta mémoire / tu prends les mots musiqs images
            Pour habiter la flamme
Flambe tous les mots-violences
Pour que les mots de l’ange           sortent de toi    ensemble
Transe la        riche pour que je sois riche
            J’défriche le terrain riche          du temple en moi
            Tourne le mantra riche
                        qui rend riche celui qui riche ira en soi
            Dans le feu des retrouvailles une totale
                        au jour de glorieuses terminales
            Passe message subliminal de toi
                        que dites-vous ? C’est crise           grise de temps
            Quelle crise ? je l’ai entendu dans mon berceau         d’aussi  haut que j’étais bas
Il est temps de jouer, jouer un seul morceau toute sa vie
            en faire un écrin        où tout repose éteint
Allume ! A nous de jouer dans la cour des grands
ou riche pour que tu sois riche       J’défriche le terrain riche
Du temple en toi     Tourne le mantra riche         qui rend riche      Celui qui riche ira en soi.
 
  A la fin du spectacle, les enfants qui venaient nous voir tiraient une carte avec l’adresse des spectateurs des jours précédents.
Il était proposé d’envoyer un message, tisser des contacts de mots entre les enfants de Paris et des banlieues, et les visiteurs étrangers de la tour.

C’était le « voyage au coeur de la paix ». Woltek Siudmak fit l’affiche : navigateurs dans des bulles, autour de la tour, d’un Paris d’une ère Autre, 
au-dessus immense oiseau vaisseau métallique, symbolisation métalienne de sociétés d’ailleurs, ayant su regarder les dessins d’enfants.

 

   





 
        
Je dormais avec Danou dans la Nef, sous la serre. La Nef était au centre de l’édifice dans la coupole de verre. Les deux côtés servaient de chambre et de loges.
C’était le matin très tôt. J’ai su plus tard qu’ils étaient arrivés avant l’aube.

Des ombres sur tout l’horizon comme dans le film avec Delon et Signoret dans la ferme.

         — « Au village ça regardait derrière les volets ».
Une armée par toutes les routes, au cas où nous serions prévenus. Ils ont entouré le château. Puis ils ont investis les lieux de partout.

Deux cents sur la route, mitraillette au poing, des motards, des jeeps, des brigades avec des chiens.
Ils avaient attendu août grand moment des expulsions pour étouffer l’info.

Nous étions collés avec ma compagne. J’ai entendu un grand coup de pied dans la porte. J’ai bougé un oeil, j’avais déjà le bout du fusil sur la tempe.

cela bouge dans tous les sens, les chiens qui cherchent.
visiblement, ils s’attendaient à trouver des bandits violents, ils cherchaient de la défonce, des armes,
un laboratoire d’explosifs, je ne sais quelle machinerie d’ennemi public n° 1.

         — « Voulez-vous prendre du thé, une tisane ? et respirer calmement je vous sens tendu ! ».
         — « Elle est où la came ? »
         — « Vous êtes une secte, on a des renseignements »
         — « Et ici vous faites quoi avec ces écrans et ces costumes ? »
         — « On fait des messes sataniques, du vaudou, du détournement de mineures, on prépare une guerre mondiale. »
         — « C’est ça, riez bien, tiens voilà les huissiers, il y a des camions, qui vont arriver, ils vont tout emmener. »
         — « Tout emmener où ? »
         — « Un garde-meubles. Après c’est la justice qui s’empare de l’affaire. Vous verrez avec eux. Nous on expulse, on vide les lieux, c’est tout.
         — « Vous allez ranger vos affaires », dit l’huissier.
         — « Non je touche à rien ».
         — « Vous ne voulez pas démonter vos écrans ? »
         — « Non, vous allez le faire, je vais vous diriger. »
         Des déménageurs arrivent, des camions, des cartons.
         J’arrive à trouver une raison pour sortir de la serre et aller voir les autres à la ferme.
         Chez certains règne une dose d’humour, de provoque clinquante, chez d’autres cela craque, ça tape sur le crâne, sur l’espoir.
         Un lien désespéré,un choc, nous relie tous, des chalets à l’orangerie. Les sens sont plus forts, prêts au combat d’un autre ordre.
         Ils emmènent les animaux, les vieilles voitures, on leur fait même emmener n’importe quoi.
         Les camions de relaient, se remplissent à une vitesse inquiétante, le vide se fait à tous niveaux.
         J’arrive à sortir par un mur non gardé pour aller téléphoner, j’appelle la presse et FR3. Je raconte.
         Quelques heures après une équipe de T.V. arrive, filme la réalité. Surpris, les chefs du commando ont l’air paniqués, ils vérifient tous les téléphones,
tout est bien coupé.
— « Qui a été la prévenir ? »
         Le reportage ne passera jamais et un contre-reportage se fera le lendemain, en défonçant le groupe et les horribles habitants du château…
         Les souvenirs s’entassaient dans les containers. Je laissais tourner toutes les images dans le décor, dans quelques heures, je n’aurai plus de décor.
         / Les groupes d’enfants que j’allais chercher en costume de navigateur/
         / Leur silence à écouter l’histoire du cosmos, leurs mots sur le cahier de bord /
         / Les enfants encore à la ferme école, s’extasient à faire du pain, à marcher dans le fumier des chevaux /
         / Roland courant du jardin à son bureau /
         / Les repas de la ferme l’hiver /            / Les fêtes du château / les duos, les trios /
         / Cent jeunes musiciens, juste avant avec leurs sons /
         / Le Raja yoga à cinq heures du matin dans la brume sur le parc /
         j’entends, garde à vue, interrogations, dépositions, une grande partie des flics commence à changer de ton, ils avaient rien trouvé, pigé la vie d’ici,
vu qu’ils s’étaient fait monter la tête.
Ils devenaient soudaint très polis, se demandaient pourquoi cette arrivée ?
         Une autre partie allait continuer jusqu’à la fin, cette arrogance du pouvoir, le flingue à la main avec des ordres qui permettent tout.
         Ma petite reine du spectacle est paumée dans son coin de la serre, craquant son histoire, serrant les poings, elle voit partir son clavier, sa guitare,
elle est écrasée à voir les cartons se fermer. Elle me fait mal  et cela arrête quelques minutes mon voltage genre : fin du monde, on se marre avant de sauter.

         Le soir avant la nuit tout est emballé. Nous sommes à la porte avec plus rien ou presque, ma vieille valise datant d’avant guerre, qui avait fait l’exode
avec ma mère, et mes exodes légères et lumineuses, celles du « Voyageur ».
c'est a ce moment là que nous perdons les bandes Masters de nos 3 albums 33t :
-"comme si s'effaçait le visible de notre histoire Duo,mais le non visible de sens et de regards sur la Traversée,remontait,tu pourrais dire des subtils  pour toujours"
         On monte un campement au-dessus dans des champs, d’autres fuient vers des familles ou des replis.

         Le noyau dur prend une vie d’indien en quelques heures.
         C’était un jour de guerre. Musicalement c’était du hard-rock clipé avec beaucoup d’images, de képis, d’armes, d’agression rentrée.
         Nous restons très tard au premier feu pour commenter les images, pas loin des vieilles bagnoles parquées, Rebelles dans une casse nouvelle.
La chaleur du feu, les pétards de la nuit, tout l’art de vie remonte sensuel, ardeur de la fin, savoir perdre pour gagner de soi.

         Pour moi c’était facile, j’étais habitué. Perdre surtout… Pour d’autres, de mes amis Chamarande, ce fut plus : réveil, d’autres beaucoup plus cruel.
 
      

                                                                                                                                                                                         SUITE
 

      


 ©copyright / Voyailleurs /  claude Yvans  2010  /